« Rencontrer l’autre : c’est le chemin de l’Évangile » : 800ème anniversaire de la rencontre de Damiette

« Rencontrer l’autre : c’est le chemin de l’Évangile ». Mgr Michel Santier à propos du 800ème anniversaire de la rencontre de Damiette

Qu’est-ce qui caractérise les relations avec les musulmans et le dialogue interreligieux à Créteil ?

SANTIER_Vignette carrée tatouée 2019Avant de dialoguer, il est important de se rencontrer, de se connaître, de créer au fur et à mesure des relations d’amitié et de fraternité. Sans ces premiers liens, on risque de prendre la parole de l’autre pour de l’agression. Voici un témoignage. À la suite du rassemblement Diaconia 2013, un diacre permanent de notre diocèse a suggéré de lancer, comme à Paris, l’opération “Août secours alimentaire”. Il s’agit d’offrir des repas à ceux qui en ont besoin, au mois d’août pendant les congés de ceux qui œuvrent toute l’année. À notre grande surprise, il y a cinq ans à Créteil, 30 000 repas ont été distribués ! Parmi les bénéficiaires, nous nous sommes rendus compte qu’il y avait de nombreuses familles musulmanes venant d’Afrique. Il a semblé bon de s’adresser à la mosquée. Je connaissais déjà l’Imam, il a tout de suite reconnu que notre action n’était pas prosélyte et j’ai apprécié son ouverture. Après consultations, il a décidé de participer aux dons qui soutiennent la structure. Des musulmanes et musulmans ont aussi rejoint l’équipe de bénévoles. Depuis quatre ans, aujourd’hui à Créteil et à Villejuif, des musulmans et des chrétiens distribuent ensemble 100 000 repas aux personnes qui n’ont rien. Être bénévole créé des liens. Les préjugés sur les uns et les autres sont tombés. Certains ont demandé des explications sur le fonctionnement de l’Église et des catholiques ont visité la mosquée. Cela se joue directement entre eux.

Y a-t-il d’autres temps interreligieux marquants dans votre diocèse ?

Oui, nous participons à la démarche “Ensemble avec Marie”, une initiative qui vient du Liban. Là-bas, chrétiens et musulmans fêtent ensemble la Vierge Marie, et le 25 mars, fête de l’Annonciation pour les chrétiens, est chômé. En 2016, des chants à Marie en arabe puis de tradition catholique ont retenti dans la cathédrale de Créteil. L’année suivante, j’ai été invité à parler du oui de Marie à la mosquée ! La démarche se poursuit avec des témoignages et des rencontres. Je pense en particulier à ce jeune Sénégalais hospitalisé à Villejuif qui a repris confiance grâce aux visites de l’aumônerie de la santé. Et encore au groupe des Focolaris qui s’engage pour l’unité et la fraternité. Le grand Rabbin, l’Imam et moi allons régulièrement dans les établissements scolaires pour répondre aux questions des jeunes. Des enseignants nous ont confié que l’ambiance de classe était changée après notre visite et notre témoignage de bonne entente. Une prochaine rencontre est prévue à la médiathèque de Créteil. Ils étaient plus de 2000 jeunes le 13 octobre dernier au “Youth festival” où une table ronde sur la paix et l’interreligieux a été proposée. Le grand Rabbin, l’Imam et moi sommes en confiance. Nous parlons en vérité. Le premier dit que pour lui Jésus n’est pas le messie. Le deuxième explique que le Coran le considère comme un prophète. Et moi je peux dire que Jésus a offert sa vie pour tous les hommes. Contrairement à certaines craintes, dialoguer permet d’affirmer sa foi et me conduis à dire que Jésus Christ mène vers Dieu le Père dans l’Esprit saint, et rappeler ma foi en Dieu trinité. À force de se rencontrer, il est possible de dépasser la politesse et la convivialité pour aborder des questions de fond. À Créteil, la cathédrale et la mosquée sont proches. Deux à trois fois par an, nous dialoguons sur un thème commun : autour de la figure d’Abraham, de la place des femmes, de l’hospitalité, de la formation de la Bible et de la conception du Coran.

En quoi est-ce important de célébrer le 800ème anniversaire de la rencontre de saint François d’Assise avec le sultan d’Égypte ?

Rencontre sultan & FrançoisLa famille franciscaine nous a demandé d’accueillir cet événement puisque les relations avec les musulmans et le dialogue interreligieux se vivent bien à Créteil. Cette rencontre aurait pu être très dangereuse pour saint François. Je pense que le sultan a dû être saisi par son rayonnement, son esprit  de paix, de respect pour chaque personne, quelle que soit son appartenance ou sa religion. C’est ce qui a permis l’échange et le dialogue. Le sultan avait peut-être aussi cette ouverture en lui. C’est un geste très prophétique à une époque où les relations étaient inexistantes ou très tendues. Cette rencontre fait penser à celle du pape François à Abu Dhabi avec le recteur de l’université d’Al-Azhar, qui a mené à la signature commune du document sur la fraternité humaine pour la paix mondiale et la coexistence commune, en février dernier. Ce message de saint François est toujours actuel ! Nous ne visons pas l’unité de foi avec les musulmans. Au-delà de nos différentes religions, comme tout homme est créé à l’image et à la ressemblance de Dieu, que nous avons la même origine et destinée, un lien peut s’établir entre tous les humains, qui nous conduit à travailler ensemble pour le bien de la maison commune. En développant la fraternité, nous construisons la paix, un bien fondamental. Shalom, shalam, c’est cette relation fraternelle entre tous les hommes, liée à la transcendance. Le dessein de Dieu n’est pas de nous faire tous semblables, mais d’oser la rencontre comme saint François. Il faut lutter contre la tentation du repli et aller à l’appel du pape François aux périphéries, à la rencontre des autres : c’est le chemin de l’Évangile.

 

Qu’attendez-vous de cet événement ?

Je souhaite que cet événement encourage à vivre la rencontre avec les autres croyants et encourage tous les acteurs du dialogue interreligieux. C’est un chemin sur lequel on progresse pas à pas. L’an dernier lors la rupture du jeûne, le pasteur évangélique arménien a été invité par la communauté turque. Il a accepté et fait un pas vers la paix, sans nier toutes les souffrances de son peuple. Je souhaite que cet anniversaire encourage, selon l’esprit de saint François, homme de foi, humble et pauvre, à avancer les bras désarmés les uns vers les autres pour que la rencontre se vive au niveau du cœur. En lien avec l’actualité internationale et les menaces de guerre, je prie pour que des hommes de paix et de conciliation se lèvent pour arrêter les conflits. Il suffit de quelques jours pour déclencher les hostilités, mais il faut plusieurs siècles pour réparer les blessures des populations et des victimes innocentes. Je crois en l’importance d’oeuvrer ensemble, comme ces distributions de repas par exemple. Je crois aussi au développement d’une maison, d’un esprit de dialogue et de culture en direction des enfants et des jeunes.

Ce 27 octobre, c’est aussi le 33ème anniversaire de la Rencontre d’Assise

En 1986, Jean-Paul II était préoccupé par la peur qu’éclate un nouveau conflit mondial. Pour la première fois, il avait invité les représentants des grandes traditions religieuses à Assise, ville symbole de paix. Il ne s’agissait pas de prier avec la même formule, mais d’invoquer Dieu, chacun dans sa propre langue, culture et religion, pour que les mentalités de ceux qui étaient prêts à entrer en guerre se transforment en volonté de paix. La communauté Sant’Egidio, par ailleurs présente à Charenton, porte particulièrement cet esprit d’Assise et organise chaque année les rencontres internationales pour la paix.

 

 

Colloque : “1219-2019 : Saint François et le Sultan. Fécondité d’une rencontre ?”

Vend. 25 et sam. 26 octobre, Centre Sèvres, Paris.

Célébration : Venez vivre la rencontre entre croyants

Dimanche 27 octobre, Notre-Dame de Créteil, messe télévisée à 11 h 00, présidée par Mgr Michel Santier, homélie de Mgr Jean-Marc Aveline, président du Conseil pour les relations interreligieuses et les nouveaux courants religieux.

14 h 00 – 17 h 00 : carrefours et temps d’échange autour des initiatives interreligieuses

17 h 00 : temps spirituel interreligieux

Projection du film « Les héritiers » en présence de l’acteur et co-scénariste Ahmed Dramé.

Une animation pour les plus jeunes (8-12 ans) sera proposée par un groupe islamo-chrétiens d’Orly.

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