« Curé à Gaza, Un juste en Palestine » Manuel Musallam ; entretiens avec Jean-Claude Petit Type, Éd. de l’Aube, 2011.

Recension de Claude Popin pour le site « chretiens de la mediterranee » :

L’actualité a remis au premier plan les « Chrétiens d’Orient », au risque de frôler l’abstraction et la confusion. Qui sont-ils vraiment ? Au fil des pages de ce petit ouvrage, le lecteur verra s’incarner ce que peut être un chrétien au cœur des conflits endémiques de la région.

C’est un mixte d’entretiens et d’autobiographie. Questionné par Jean-Claude Petit, ancien directeur de l’hebdomadaire La Vie[1], Manuel Musallam, prêtre palestinien de l’Eglise Latine, se livre avec une franchise et une spontanéité rafraîchissantes. Les questions sont parfois incisives, sans langue de bois, même sur les sujets les plus délicats. Et les réponses sont à la hauteur, claires, circonstanciées, marquées par une force de conviction tonique, illustrées de multiples anecdotes qui vont du tragique à l’absurde quand il s’agit de l’occupation de la Palestine, et toujours dans un langage percutant, à mi-chemin entre l’expression orale et la structuration de l’écrit.

Qui est Manuel Musallam ? « Un exilé permanent » d’abord, « déraciné sur sa propre terre », éprouvant toujours le sentiment d’une forte perte et de l’insécurité. Sa famille a été déplacée à la fin de la Première Guerre Mondiale. Lui-même, est revenu dans un pays qui ne lui appartient plus. Comme un leitmotiv lancinant, c’est un thème récurrent tout au long de l’entretien, comme si c’était la clef de compréhension de toute sa vie.

Car c’est un écorché vif, un révolté face à l’injustice de l’oppression de son peuple avec qui il fait corps. « Heureux ceux qui ont faim  et soif de la justice ». Manuel Musallam s’engage à fond dans ce combat. C’est « faire de la politique » ? « En Palestine, il est évident que ce n’est pas de pitié dont nous avons besoin, mais de justice », écrit-il, souhaitant au passage que cet aspect soit mieux compris par l’Occident…

C’est donc un résistant, avec toute son intransigeance et sa conviction profonde, sa colère et son indignation. Et c’est toujours en homme libre qu’il agit, ne craignant pas de se confronter aux autorités, quelles qu’elles soient, israéliennes ou palestiniennes. Il ne cache pas son inclinaison vers le Fatah de Mahmoud Abbas, mais il n’est pas encarté et rencontre aussi bien les dirigeants du Hamas, récusant la violence. Car, s’il est un résistant, il est avant tout un homme de paix, pas un violent[2].

Et c’est toujours en homme libre qu’il peut émettre des critiques percutantes sur l’attitude inadmissible des Israéliens, le traditionalisme mortifère des islamistes, et même les incompréhensions de sa propre Eglise. Force de caractère ? Sans doute, mais force de sa foi surtout. Jésus est son compatriote palestinien, et Manuel Musallam prône, sur place, une liberté à l’image du Christ, Bonne Nouvelle pour les pauvres et les opprimés. Responsable des chrétiens de Gaza, de 1996 à 2009, il tirera de sa foi en l’Evangile la force d’animer, diriger, protéger, secourir la petite communauté, et avec elle, tous ceux qui souffrent des privations et des vexations, sans se préoccuper de leurs  religions ou de leurs identités. Simplement, parce qu’ils sont l’Humanité. Dans le livre, avant d’entamer l’entretien qui va en constituer le cœur, Manuel Musallam commence seul, sur plus d’une trentaine de pages, à raconter comment Israël a livré une véritable guerre de répression par l’opération « Plomb durci » de 2008-2009. La lettre d’indignation et d’appel au secours du « Curé de Gaza » avait alors fait le tour du monde…

Une figure magnifique que Manuel Musallam ! Le lecteur aura le plaisir de découvrir bien d’autres facettes de cette personnalité hors du commun : sa sensibilité, sa compassion, son courage, ses audaces, sa connaissance de la Bible… tout ce qui ne peut être rapporté ici.

A lire absolument donc, non seulement pour rencontrer un chrétien d’Orient dans sa foi et son action concrète, mais aussi, comme l’a souligné un journaliste belge, « pour mesurer le drame vécu dans son quotidien depuis des années par tout un peuple[3] ».

Claude Popin

[1] De 1985 à 2004, et, depuis 2005, Président et fondateur du réseau Chrétiens de la Méditerranée

[2] Lire son Appel pour la paix et son intervention devant le Parlement européen et d’autres interventions sur le site de CDM

[3] Le père Musallam s’est rendu en France au printemps 2010 à l’occasion de la sortie de son livre : il parle de la situation de Gaza et de la réalité de l’occupation (durée : 1 h 28). Lire aussi l’article de La Croix du 07/10/2009.

Aujourd’hui, Manuel Musallam, né en 1938, vit dans sa maison familiale de Bir Zeit à côté de Ramallah. Il préside le Comité Justice et Paix pour Jérusalem et réunit des personnalités de Palestine et d’Israël pour un travail de réflexion. Dès son retour de Gaza le Pt Mahmoud Abbas lui avait demandé de présider le Comité islamo-chrétien. Il travaille en lien avec Mgr Michel Sabbah

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