Tribune Septembre 2017 « Chrétiens d’Orient ; 2000 ans d’Histoire »

Chrétiens d’Orient 19 septembre 2017 – 7 janvier 2018

À l’automne 2017, l’Institut du monde arabe mettra en lumière l’histoire singulière des chrétiens du monde arabe, communément appelés « chrétiens d’Orient ».
Demeurés en Palestine, au Liban, en Syrie, en Irak, en Jordanie et en Égypte après la conquête musulmane, les chrétiens ont toujours formé des communautés majeures du dynamisme politique, culturel, social et religieux du monde arabe. Le parcours retracera l’histoire des chrétiens arabes depuis la naissance du christianisme jusqu’à la situation contemporaine marquée par une diaspora et par l’urgence de préserver un patrimoine matériel et immatériel bimillénaire.

Des pièces uniques et inédites

Conçu en lien étroit avec les représentants des différentes communautés grâce à l’aide
de l’Œuvre d’Orient, le parcours sera jalonné de plus de 300 objets parmi lesquels de
nombreux chefs-d’œuvre patrimoniaux, certains encore jamais montrés en Europe et
prêtés pour l’occasion par les communautés elles-mêmes. Entre autres merveilles : les Évangiles de Rabbula, un célèbre manuscrit enluminé syriaque du VIe siècle, les premières fresques d’églises connues au monde – du IIIe siècle – de Doura-Europos en Syrie, des mosaïques des premières églises palestiniennes et syriennes, des portraits de moines coptes du monastère égyptien de Baouit, des stèles et souvenirs de pèlerinages aux effigies de saint Ménas, saint Syméon et sainte Thècle, ainsi que des icônes illustrant la magnificience du Sacré.

Une diversité témoin d’une longue histoire

Cette exposition proposera, de l’Antiquité à nos jours, une traversée de l’histoire religieuse, politique, culturelle et artistique de ces communautés chrétiennes. Elle évoquera d’abord l’apparition dans l’Empire romain païen d’une religion nouvelle qui, en trois siècles, prend la place des anciens dieux. Elle fera une place importante au développement du monachisme. L’exposition montrera comment se sont formées les Églises grecque, copte, assyrochaldéenne, syriaque, arménienne et maronite sur fond de débats théologiques fondateurs, qui seront repris à l’époque moderne sous l’impulsion de missions catholiques et protestantes venues d’Europe. Elle fera voir ces Églises aujourd’hui, dans la diversité de leurs rites, de leurs saints, de leurs traditions, de leurs lieux, de leurs langues sacrées, de leurs architectures et de leurs représentations iconographiques.

Une existence confrontée à la conquête arabe

La rapide conquête arabe des quatre premiers califes (632-661), introduisant au Moyen Orient l’islam comme religion nouvelle, constitue un défi pour les chrétiens même si liberté leur est faite de conserver leurs croyances. En dépit de leur statut de dhimmis (protégés) et de la diminution progressive de leur proportion dans la population, ceux-ci continuent à jouer un rôle majeur dans l’administration et la vie intellectuelle et sociale, aussi bien sous les différents califats que dans l’Empire ottoman (1453-1923). Par la traduction, ils sont des passeurs culturels. Par leur place dans les arts, l’architecture, l’artisanat, ils participent à l’essor de la nouvelle civilisation dont ils adoptent progressivement la langue. Leurs Églises y restent vivantes comme le montre la poursuite des créations architecturales et artistiques.

Une participation active au nationalisme arabe

Au XIXe siècle, l’implication dans l’éveil des nationalismes de penseurs chrétiens, souvent laïcs, dépassant les traumatismes parfois sanglants de leur histoire, confirme l’ancrage historique de leurs communautés dans le monde arabe. Ils jouent dès lors un rôle majeur dans la vie sociale, la politique, l’économie, les arts, les lettres des pays auxquels ils appartiennent. C’est cela que l’exposition mettra en exergue sans faire l’impasse sur les questions les plus brûlantes de l’actualité.

Un présent plein de dangers et de promesses

Aujourd’hui, dans certaines régions, la crise destructrice pour tous que traversent le Proche et le Moyen Orient, menace les chrétiens dans leur existence. Au-delà du drame humain que cela représente, au-delà des craintes pour la préservation d’un patrimoine matériel et immatériel deux fois millénaire, c’est la question de la diversité du monde arabe qui est en cause. Pourtant, cachée par les horreurs de l’actualité et par le développement des mouvements extrémistes, une conscience nouvelle séculaire, citoyenne est en train de se développer au sein des sociétés arabes. Cette exposition se conclura par les témoignages d’un avenir possible.

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