Coordination des évêques en Terre Sainte : Cartes postales de Mgr Dubost

De retour de Terre Sainte et de Jordanie, Mgr Dubost nous donne ses impressions sous forme de cartes postales.

– Cartes postales
– Regard de Monseigneur Dubost
– Communiqué du 13 janvier 2016
– Mgr Dubost sur Radio Notre-Dame
– Article dans La Croix
– Aux côté des réfugiés

Cartes postales

Contrôle des passeports

Jamais je n’avais passé le contrôle des passeports de l’aéroport Ben Gourion aussi vite.
Devant la cabine, personne n’attendait.
Dans la cabine, une jeune femme souriante.
Elle passe le passeport dans la machine… Me regarde
rend le passeport et le ticket bleu.
C’est fait.

Jean-Pierre, vicaire général d’un diocèse d’Afrique,
Pendant ce temps, se fait interroger.
« Où allez-vous ?…
Où avez-vous été l’année dernière ?
Vous oubliez Gaza »
(nous étions ensemble).
« Allez voir ma collègue. »
Nous l’avons attendu presque deux heures.

Nous sortons de l’aéroport.
Le ciel est d’un bleu diaphane encore lumineux,
annonçant cependant le crépuscule.
Tout semble simple, léger…
Dans le minibus, chacun se tourne vers moi
(comme si j’avais été malade)
et me parle des attentats de novembre.

L’embouteillage est compact,
des phares giclant en cascade du rouge, du bleu, du vert,
des gyrophares jaunes ou bleus.
La vie va. Il fait nuit.

Noël orthodoxe à Bethléem

La place est vaste. Rectangulaire.
À un bout, la mosquée toute surlignée en vert,
à l’autre bout, la basilique.
Constantinienne. Croisée. Solide. Trappue.
Un énorme train lumineux rouge surplombe les magasins.
Sur le grand côté du rectangle
en face, une construction dédiée à la paix (Bethléem Peace Center)
Sur le petit côté, un gigantesque arbre de Noël
prétexte à des nuages d’ampoules et de boules,
une crèche, somme toute modeste,
un service d’ordre efficace qui interdit la basilique
(« Vous avez un ticket ? Pas de ticket, pas d’entrée… ») :
ce soir, le Patriarche orthodoxe vient pour minuit
et les Palestiniens refusent de le rencontrer :
il a vendu de « leur » terrain aux israéliens.
La place est parcourue de militaires.
Ils sont nombreux.
Mais encore beaucoup plus nombreux sont les Éthiopiens
(ou les Erythréens). La plupart sont couverts de voiles blancs.
Deux grandes rondes se font face… Et tournent en sens inverse.
Et cela chante,
et cela chante.
J’entends « Maria, bagate »
Et cela danse !
La place est noire de personnes noires,
de jeunes qui vendent des ballons en forme de bonshommes,
de gamins qui proposent des coupes pleines de glace ( ?).
Odeur fade du maïs
et forte de l’huile chaude pour les boulettes de viande.

Un vieux essaie de vendre un chapelet.
Tout vit dans la nuit…
Hommage au seul vrai Vivant
plus vrai que bien des liturgies.

Silence

La coordination des évêques a quatre buts :
encourager les pèlerinages, plaider pour les Palestiniens,
en tout cas faire connaître leur vie… et prier.
Dans le silence de la nuit, par le couloir de la grotte de saint Jérôme,
nous avons atteint la grotte de la naissance de Jésus.
Nous sommes là quatorze évêques… en silence.
Notre silence devant l’étoile d’argent
est un silence de pauvres.
Le Christ a pleuré sur Jérusalem…
Nous pleurons intérieurement sur les territoires occupés.
Sans rien à dire.
Seulement faire entendre les pleurs des saints innocents
et de leurs mères.

Matin de fête

Il n’y a que nous dans la rue. Ou presque.
Quelques taxis arrêtés. Jaunes. Plaque verte.
Quelques publicités. Quelques tags.
Coca Cola. Réclame pour une voiture. Prix en dollars.
Une inscription : « Boycott Israël ».
De nouveaux immeubles, tout blancs.

Nous sommes déjà à la sortie de la ville,
un homme marche dans l’allégresse du matin
au milieu de la route.
D’autres vont suivre, plus appesantis par la nuit.

Et voici la montagne (n’exagérons rien).
Cyprès, pins échevelés,
cailloux, roches saillantes dorées par le soleil naissant,
flaques d’eau…
Un monde dont Dieu lui-même a pris soin.
N’est-ce pas là qu’il a planté sa vigne ?

Rue de l’étoile

Chaque année, la rue de l’étoile est plus belle.
Une à une, les maisons de pierre blonde sont réhabilitées.
Là, les vieilles traditions se transmettent.
Des coopératives artisanales retrouvent les usages anciens,
procurant du travail, donnant de la dignité.
Ici, un calligraphe…
Là, un centre d’écriture d’icônes
qui se vante d’être non seulement traditionnel, mais écologique !
Les pigments utilisés sont naturels
et, surtout, la vision qui les crée est cosmique.
Ailleurs, est l’atelier des femmes arabes :
celle qui accueille est une vieille dame charmante…
Elle parle de la broderie traditionnelle comme personne.
De fait, dans la même belle maison
un centre rassemble les merveilles de ces dames
(ce petit napperon a été exécuté en un mois…).
Le musée de l’art traditionnel et populaire,
le musée de l’histoire de Bethléem.

Les prix peuvent sembler élevés…
Mais cela ne fait pas cher de l’heure
et plus de cent personnes en vivent…
Tant que les pèlerins (et les touristes) suivront le chemin
de la rue de l’étoile.

L’allée du Paradis

Welcome to Erez crossing point.
Le bâtiment du point de passage est grand comme plusieurs cathédrales
et l’on pourrait y faire transiter des milliers de personnes.
Nous ne sommes qu’une poignée (30 ? 40 ?).
L’an dernier, le passage d’Israël à Gaza fut désastreux.
Cette année, il fut facile…
Accueil de notre délégation part un fonctionnaire :
« Que pensez-vous d’Israël ? »
Je réponds : « Le temps en Israël est magnifique. »
Il rit. Il ajoute : « Mais la politique ? ». Je ris.
Et on passe.
Un seul petit incident du côté israélien.
Ils m’attendaient, certes. J’étais sur la bonne liste. Bien.
Le numéro du passeport ? Parfait. Le nom de famille ? O. K.
Mais, sur leur liste, j’étais affublé des prénoms de mon grand-père
Qui, évidemment, ne sont pas les miens.
Incident vite clos…
Mais comment Louis-Léonard était-il arrivé sur cette liste ?…
On est toujours marqué par son passé.

D’Erez à l’entrée de la bande de Gaza
un long couloir grillagé. Une sorte de cage sur 1 kilomètre.
Les gens ici l’appellent le chemin du Paradis
mais ils ne disent pas où est l’enfer.

Contrôle du Fatah. Facile, un peu long.
J’en profite pour parler avec une délégation de l’O. N. U. ;
un Népalais, un Japonais, un Anglais, un Américain
et une Bosniaque… Nous parlons d’un prêtre de Sarajevo,
le Père Bisjelhiac. Nous échangeons des souvenirs.
Certains, dans la délégation, s’occupent des réfugiés
d’autres… des bombes (pour les neutraliser) ;

Un peu plus loin, contrôle du Hamas. Aimable.
Mais les préposés veulent nous voir.
Et surtout fouiller notre sac… Avec un seul mot :
alcool.
Ils expliquent que Gaza est « alcool free ».

Des chrétiens formateurs

Il existe quatre écoles chrétiennes à Gaza.
Trois catholiques… 2000 élèves.
Une orthodoxe… 1200 élèves.
Il paraît qu’il y en a aussi une protestante (évangélique),
dont les élèves ne seraient qu’une centaine.
Évidemment, chez les chrétiens, pas de séparation garçons-filles.
Séparation pourtant demandée.
Le Hamas avait aussi demandé une lecture du Coran chaque jour.
Il lui fut répondu oui, mais à condition de lire aussi l’Évangile,
et la revendication fut abandonnée.
La communauté catholique est petite :
2 prêtres, 12 religieux, 135 laïcs dont 83 vont à l’école.
Les orthodoxes sont 1300.
Les musulmans sont heureux de voir leurs enfants
être bien formés. En uniforme. Dans les écoles chrétiennes.
La communauté est microscopique
mais elle sert.
Elle sert des handicapés (avec les Sœurs de Mère Teresa).
Elle sert des personnes en difficulté (avec Caritas et une Franciscaine)
(avec l’aide des O. N. G.).
Elle forme.


Gaza

Comment vont les choses, à Gaza ?
Worse ! Me dit le spécialiste.
Est-ce le temps ? Est-ce mon humeur ?
Cela ne me semble pas évident.
L’atmosphère est plus légère.
Deux avions de chasse israéliens survolent la plage
(leur vrombissement est différent de celui des drones)
une fusée Kassam fait le monument à un carrefour.
Rien n’a vraiment changé.
Si, il y a du ciment !
Il est compliqué d’en obtenir ! Il faut faire une demande,
expliquer que sa maison a été détruite,
estimer la quantité nécessaire,
trouver l’argent
(il y a des associations qui aident à trouver la banque ou l’aide)

C’est compliqué. Très compliqué.
L’O. N. U. vérifie ce qui est dit.
Mais du ciment rentre… et il rentre aussi pour les écoles.

La nuit est obscure… mais peut-être pas autant que l’an dernier.
Des voitures circulent. Certaines au gaz !
(en ville, une publicité pour Mercédès),
même si les ânes se multiplient.

De belles maisons, aussi, ont été reconstruites,
et il est certain que l’argent circule,
même si 80% des jeunes sont au chômage.
Peut-être que l’impression d’amélioration vient des enfants :
quoi qu’il arrive, un enfant joue.
Peut-être que l’impression vient des colonnes des « militaires »
au milieu desquels, dans la nuit, nous passons
et qui, décidément, n’arrivent pas à marcher au pas.
La Madrassa des Rosary Sisters

C’est une congrégation locale.
2 Jordaniennes. 1 Egyptienne. La patronne.
Elle tient son école. 900 élèves de la maternelle à 12-13 ans.
725 euros par an et par élève.
Mais, pour quatre enfants, c’est gratuit pour le cinquième !
Visiblement… l’argent n’a pas manqué.
Les bâtiments ont souffert en 2003… en 2012/2013.
Bombardements juste à côté !
Pillage en 2008 par des personnes honnêtes
(mais affirmant que voler un chrétien, ce n’est pas voler !)
Tout est propre, léger, ouvert (on enseigne le Français),
et les Américains ont payé la remise à neuf.
Ici, toutes les écoles s’appellent « Madrassa ».
La grande majorité des élèves sont musulmans.
Mais on regroupe les chrétiens :
quand il y a classe de religion… minoritaires, ce sont eux qui sortent.


Un toit, un cœur
Comme l’an dernier, nous nous rendons à Khazaa.
Un village martyr de la bande de Gaza.
De maraîchers. Au bord de la frontière.
15000 habitants. 1100 logements détruits.
(ici, on distingue « totalement détruits » ou « severely damaged »).
Severely damaged veut dire qu’il reste deux pièces sur quatre
Avec des trous dans ce qui reste !

Le maire et les gens racontent des souvenirs horribles :
la sortie des abris. La découverte du vide, de la perte de tout.
Rien pour loger. Entraide. Camp. Camping cars.
Un groupe, un autre groupe lancent une réflexion.
Le Neighbourhood Technical Support Center est né.
Des chrétiens y travaillent (en sont leaders ?).
Comme, à ce moment-là, les Israéliens bloquent le ciment
ils construisent en bois. Depuis un an, 144 chalets.
(en fait… d’autres lieux existent, plus de 500 chalets ont été réalisés).
Et une ambiance.

Un toit, cela vous donne de la dignité.
L’an dernier, nous avons visité le chaos.
Cette année, la ferraille a été séparée du béton,
le terrain a souvent été nettoyé,
et l’espoir n’est plus absent.
- Monsieur le Maire, pensez-vous qu’une nouvelle guerre va survenir ?
- Oui !
L’espoir n’est pas absent, mais…
Saint Hilarion

Il est né vers 291. Il a fondé une laure –un monastère- au sud de Gaza.
Ce monastère a été retrouvé à Nuseirat.
Il est vaste. C’est peut-être le plus ancien de tous les monastères.
J’en avais déjà vu une mosaïque bien conservée.
Mais c’était après le départ des Israéliens :
les travaux de déblaiement ont continué.
Les Israéliens avaient décrété ce lieu terrain militaire
et en ont enlevé les trésors, dit notre guide.
Ma voisine, elle, affirme que, longtemps cachées par le sable
les ruines furent redécouvertes par un Français (1993)
et que voisins, notables israéliens et palestiniens se sont servis.

Ce qui est certains, c’est que le baptistère marque d’une croix ancienne
cette terre qui fut chrétienne
et vit passer Jésus allant et rentrant d’Égypte.


The Italien Compound
Le vent fait virevolter les sacs plastiques.
Au cœur de la ville, la place est désolée, défoncée.
Les rues qui l’entourent sont interdites.
Avant-hier encore, c’était un centre vivant, animé.
Des écrans géants permettaient de suivre le football.
Les grands matches : « la liga » espagnole, « the league » anglaise
Et ses nombreux clubs milliardaires.
Et aussi les Italiens et les Français…
Dominant l’endroit, une tour.
Ce qu’il y avait de mieux comme construction.
100 familles y logeaient. Plus des réfugiés venus d’ailleurs.
Le dernier jour, aux dernières heures du conflit
les Israéliens ont voulu détruire « l’Italian Compound »
Comme pour dire aux Palestiniens :
« nous sommes plus forts que ce que vous avez de mieux
et dont vous êtes légitimement fiers. »

De l’immense tour, il ne reste qu’une ruine.
Elle s’élève dans les hauteurs
avec ses entrées de cuisine qui donnent sur les nuages
et ses portes qui ouvrent sur le ciel.
Comme une dent cariée, isolée dans une bouche édentée
qui reste volontairement là
pour témoigner du passé
et pour affirmer : « Nous n’oublions pas. »
L’équilibre
La rue descend vers je ne sais quel faubourg.
Un gamin, debout, les deux pieds sur la selle de son vélo,
téléphone portable à l’oreille, droit vers le ciel.
Il semble se jouer de tout. Sans contrainte.
Mais la rue prend une courbe.
Il s’asseoit et pédale furieusement.
L’équilibre ? Ici, toute liberté est brève.


Le marché

Nous ne sommes pas loin du marché. Il est 8 heures.
Déjà, deux équipes jouent au foot
et les commerçants étalent leurs richesses :
oignons, choux-fleurs, concombres, tomates,
pommes, pommes-de-terre, oranges, avocats, kakis,
citrons, œufs.
Et des vêtements… Et encore des vêtements.
Des fils électriques dans tous les sens traversent la rue,
des portraits de Yasser Arafat la décorent,
accompagnés de publicités et de propagande militaire.
Les tags sont élégants. Chaque lettre comme habillée d’une autre couleur.
Une peinture murale représente un ange défendant le Dôme du Rocher
contre de vilains oiseaux de nuit.
Gaza se réveille.
Jeunes

Ils ne doivent pas être nombreux comme lui.
En pleine guerre, il a décidé de rentrer à Gaza.
Il ne voulait pas être loin de sa famille.

G… est licencié. Il aime Gaza.
Mais il ne se voit pas y rester.
Comment se marier sans logement ni travail ?

M… est comptable. Il a trouvé un travail.
Sous payé. Mais payé.
Les fonctionnaires sont payés 500 euros. Lui, pas la moitié.
Il est heureux comme tout. C’est à la Y. M. C. A.
« Y. M. C. A., c’est ma deuxième famille. »
C’est un lieu de jeu, de réflexion, de formation.
4 permanents, 200 bénévoles, 3000 membres,
50 dollars par famille et par an…
Mais on ne peut plus s’inscrire : les locaux sont trop petits.

S… a fondé une association.
Elle proclame : « Sauve ta jeunesse ».
Apprends à être citoyen
à augmenter tes capacités d’être leader
à gérer ce que tu as.
Il est passionné. Sa fiancée est revenue pour lui
d’Angleterre.

Mais ils savent que 80 % des jeunes veulent partir
en commençant par les plus riches, les mieux formés
et, peut-être secrètement, par eux.
À Gaza, 70 % de la population a moins de 30 ans
près de 40 %est au chômage
60% chez les chrétiens,
80 % chez les jeunes

« -Et chez vous : de quoi les jeunes souffrent-ils ?
Dites-nous quelles sont vos difficultés. »
« – Et vous, quelles sont vos priorités ? »
« – •la fin du blocus
•La possibilité d’aller pêcher au large.
•La capacité d’exporter
•La possibilité de sortir
•Un vrai gouvernement. »
« -Dans cet ordre ? »
« – Dans cet ordre. »
« – Est-ce possible ? »
« – Je ne crois pas. »

N… , musulman, explique que c’est la foi qui le soutient
et l’oblige à se mettre au service des autres.

G…, M… , S…, chrétiens, me disent que c’est la foi qui les soutient
et les oblige à se mettre au service des autres.

Mais le Messie, quand il reviendra, trouvera-t-il la foi sur terre ?

Les anges de la prière
Qui en a eu l’idée ?
Ils sont 5. 4 filles et un garçon.
23 ans de moyenne d’âge !
Ils traduisent le bréviaire en arabe
Pour créer une nouvelle application.
Ils sont payés par une association caritative
Ce qui permet à 5 catholiques de vivre.
Mohammed
Derrière l’église, les Sœurs de Mère Teresa ont un « communauté d’amour ».
Elles sont cinq.
Elles accueillent, soignent, 45 enfants handicapés de familles pauvres.
Certains s’agrippent à elles.
D’autres sont dans les bras d’un parent.
Nous sommes vendredi, jour de visite.
Mohammed sait à peine marcher. Mais il marche.
Il va de l’un à l’autre et tend la main.
En riant.
Comme pour nous dire, à chacun séparément :
« Quand est-ce que tu vas nous tirer de là ? »
Jésus la toucha
Messe à Gaza.
Des fresques originales –signées d’une école de peinture togolaise-
Rappellent la vie de Marie lorsqu’elle est avec Jésus.
Nous sommes là, évêques de trois continents,
Témoins d’une Eglise fragile, dispersée dans le monde,
Entendant le souvenir des scouts d’hier
Et des prêtres locaux…
Les louanges du Père Mario n’empêchent pas de reconnaître qu’il est étranger
(il est Argentin).
Les 12 Sœurs sont présentes.
3 communautés qui chantent aussi fort qu’un régiment
Et une Franciscaine dont nous savons qu’elle fait des miracles
Avec la Caritas…
Quelques hommes avec leurs enfants.
Quelques jeunes, filles et garçons,
Une autre douzaine de personnes…

Cette ville a la lèpre.
Les grands de ce monde en parlent.
Jésus vient. Il la rencontre. Il la touche.
Rien n’est impur. Il la sauve.

Est-ce à nous d’être la main de Jésus ?
Et après ?

Gaza montre qu’il est impossible de vivre sans espoir.
Les savants pourraient parler de résilience, de cicatrisation.
En fait, les traumatismes causés par la guerre sont le lot de tous
Mais seuls quelques-uns le montrent.
Les chrétiens –les institutions- ressentent la pression du Hamas
Et les jeunes garçons sont harcelés pour devenir musulmans.
Tout est contrôlé.
Ni l’Egypte, ni Amman ne veulent se mouiller
(cela se voit pour donner des visas).
L’opinion internationale se désintéresse.
Les Israéliens ne savent pas ce qu’ils font subir.
Tous les clignotants pourraient être au rouge :
Gaza est toujours une prison.
Mais, n’empêche, l’air est léger. Il n’y a pas de désespoir.


Une colombe posée sur du fil de fer barbelé

La crèche de l’église de Taybeh est énorme.
Elle cache l’autel en le dépassant de toutes parts.
Son sol est le drapeau palestinien…
Son ciel est en toile de jute
Et les alentours sont tendus de barbelés ; une colombe y est posée.

Dans les territoires occupés,
chacun sait que sa vie est en danger.
Le fond du problème est la possession de l’espace.
S’il y a violence… elle est liée à la maîtrise du territoire.
Pour certains, la frontière, le mur semblent la solution.
La Terre Sainte avait le monopole du danger.
Nous nous pensions dispensés de violence.
En France, la violence n’a pas le territoire comme enjeu.
Elle suscite la peur. Et la peur le désir de sécurité,
le besoin de s’enfermer. La violence divise. Elle fragmente.
Elle crée des territoires.

Ici, comme en Terre Sainte… Elle sépare. Elle sépare les gens !
Elle peut faire craindre son voisin.
Elle tout bloquer par mesure de sécurité…
La colombe ignore la séparation. Elle se sert du barbelé pour se reposer.
Elle suit le souffle… dont on ne sait pas où il va.


Rencontres imprévues
Il passe pour être un sage. C’est un Palestinien.
« Netanyahou n’a qu’une politique :
Faire que tous les pays alentour soient en désordre
Et brouiller toutes les alliances
Afin qu’Israël vive.
Il a raté son coup et n’a pas empêché le rapprochement U. S. A. – Iran.
Il cherche à ce que l’Iran et l’Arabie Saoudite se battent.
Il attise les feux syrien et irakien…
Il… »
Faut-il écouter ?
Regardez ailleurs … je vole !
Le monde ne regarde plus le conflit entre Israël et la Palestine.
Il est pris par les réfugiés, l’Irak, la Syrie.
On ne peut pas tout faire !
Alors, nous ne regardons plus.
Israël a besoin de sécurité. C’est vrai !
Israël a besoin de paix. C’est vrai !
Mais Israël n’est pas au-dessus des lois…
Les colonisations en territoire palestinien sont illégales aux yeux de la loi.
Cet été, la Cour suprême de l’Etat d’Israël avait statué :
Un mur qui divisait sans raison des propriétés de chrétiens
Etait illégal. L’armée devait s’arrêter de construire.
Mais le problème n’était pas la sécurité, il s’agissait d’augmenter le territoire des colons :
L’armée a repris quelques mètres plus loin…
C’est à Crémisan. À Beit Jala, près de Bethléem.
Des chrétiens ont été obligés de s’exiler…
Ils sont eux aussi des chrétiens d’Orient.
Les arbres détruits sont millénaires : qui les défend ?
Certains en Israël veulent que l’on reconnaisse un Etat juif.
Est-ce pour exclure les chrétiens ?

Crémisan

Crémisan est un lieu-dit. Beit Jala.
En zone officiellement palestinienne.
Depuis 2006, l’armée veut y installer un mur,
non pour la sécurité, mais pour relier deux colonies.
Le mur a été refusé, après 6 ans de procédure,
par la Cour suprême israélienne.
L’armée n’a pas pris acte de cette décision
et construit le mur à quelques mètres de l’endroit initialement prévu.
Avant la messe, nous décidons d’aller voir les lieux.
Rappelons-le, nous sommes à Beit Jala.
Nous empruntons la route du bas,
au milieu d’oliviers dits millénaires
nous accompagne le propriétaire des lieux.

Une voiture de police israélienne arrive.
Elle est grillagée, blindée, haute sur pneus.
On nous intime des ordres en hébreu.
Nous sommes douze évêques et des journalistes.
De la voiture sortent des hommes armés
qui nous intiment l’ordre de partir en anglais.

Nos accompagnateurs tentent de discuter
en hébreu ;
on nous dit que la zone est dangereuse
et que l’action est faite pour nous protéger.
Alternant alors des moments divers.
Ceux où, sans nous bousculer, on nous pousse ;
ceux où les policiers veulent faire des selfies avec nous
(cela peut servir pour affirmer que nous étions d’accord) ;
Ceux où l’on parle fort ;
ceux où l’on rit.

Les photographes journalistes s’en donnent à cliché-que-veux-tu.
Nous prions ostensiblement.
Puis, tranquillement, nous partons.
C’est l’heure de la messe.

Crémisan est un symbole.
L’État d’Israël veut montrer qu’il est fort
et qu’il se moque éperdument que le monde sache
qu’avec lui seule existe la loi du plus fort.

Messe dominicale



Messe comme les autres !
Sans doute.
En arabe : l’Église est universelle.
Et l’arabe est une des principales langues de l’Église.
Mais je ne comprends pas forcément l’enchaînement des rites.
Ce que je sens, ce que je vois,
C’est le bonheur de la chorale lorsqu’elle chante,
C’est le silence des fidèles lorsqu’ils écoutent le Patriarche,
C’est l’unité de la communauté.
La sortie de la liturgie est différente.
On passe des cantiques au fracas d’une « musique ».
Bombardes, bag pipes et tambours.
Café, gâteaux palestiniens… on n’en finit pas de se parler.

Changements
Pour passer le pont Allenby –la frontière israélienne-
Il faut que les autorités soient sûres qu’un bus –jordanien- nous attend.
Dès qu’elles le sont… tout se passe bien.
La policière des frontières est aimable :
« – Vous venez souvent. ». « – Oui. ». « – Pourquoi ? ». « – En pèlerinage. ».
« – Tout seul ? ». « – Non, avec des groupes. ». « – Ah, avec des groupes ! ».
« – Vous aimez Israël ? ».
En Jordanie, le passage est un peu plus difficile.
« – Restez dans le bus et donnez vos passeports.
- Non, vous allez passer un par un.
- Finalement, restez dans le bus. On va prendre vos passeports.
- Après tout, vous pouvez sortir du bus.
- Nous allons scanner un bagage au hasard.
- Nous allons scanner l’ensemble de vos bagages.
- Finalement, vous pouvez aller… »
Et nous allons. Gardés par un policier dans le bus.
Les temps sont à la sécurité !

Une demi-journée…improbable, et pourtant



Notre-Dame de la Paix est un centre ouvert par le Patriarcat.
C’est un centre dédié aux handicapés.
Il offre service, conseil, prothèses, recherche, accueil, consultation,
séjour, camp, colloques, etc…
Il est au milieu de nulle part.
Il va chercher ses « clients » en bas.
Mais cet accueil est merveilleux… dans ce pays où traumatismes et handicaps sont nombreux.
Il offre aussi des locaux pour toutes sortes de réunions spirituelles ou informatives.
Il est une base de l’accueil des Irakiens.
Nous nous y sommes rendus.
Nous devions visiter le centre, rencontrer des O. N. G., faire une conférence de presse.
Et parler avec des réfugiés.
En fait, le centre a pris presque toute la place dans notre emploi du temps.
Il a cependant laissé un long moment à la conférence de presse.

La Caritas (dont le Secours Catholique fait partie) est une organisation puissante.
200 à 300 salariés (probablement largement en C.D.D. –en espérant qu’ils aient un contrat-)
2000 bénévoles.
345 000 personnes rencontrées, aidées, choyées.
Cela dit, un marketing d’O. N. G. m’étonne :
la richesse des documents qui nous furent donnés
contraste avec la pauvreté des réfugiés et des repas partagés avec eux.
Nous avons appris que le budget était de 35 000 000 dollars en 2014
mais nous n’avons vu aucun chiffre,
aucune description de plan d’action,
et nous avons eu l’impression de nous voir refuser certaines informations ou explications.
On nous dit qu’il y a 8 000 irakiens catholiques… en Jordanie,
mais aucun dans les camps… Pourquoi ?
Les jeunes arborant les sweat Caritas
ne ressemblent en rien aux humanitaires de terrain…
Ils sont utiles à l’arrière, et c’est bien
mais pourquoi n’avons-nous pas vu les autres ?

Les O. N. G. sont nombreuses. Catholic Relief Service,
Mission Pontificale, AVDI (O. N. G. italienne d’éducation et de développement),
International Orthodox Christian Charities, l’hôpital italien…
Personne n’a pu parler… Pourquoi ?

Il est probable que mes « pourquoi ? » ont une explication.
Un voyage comme le nôtre est difficile à organiser…
Et la présence du Patriarche, de l’évêque local et des journalistes
Paralysante…
Alors, on comble l’absence par la gentillesse et les cadeaux.

Incroyable Moyen-Orient

L’accueil est une des œuvres de miséricorde.
Nous y sommes sensibles. Oui, sensibles.
Mais, au Proche Orient, c’est une deuxième nature !
La Jordanie compte 9 millions d’habitants :
c’est dans le journal de ce matin.
(Amman, 4 millions : on construit partout).
1 200 000 Syriens y habitent
(dont probablement la moitié sont des migrants économiques,
l’autre moitié des réfugiés…
Et dont 300 000 ont un emploi, souvent au noir).
130 000 irakiens (dont 8000 chrétiens) devenus des réfugiés de seconde zone
(ce ne sont plus eux qui font l’actualité, mais les Syriens).
La plupart ont trouvé à se loger chez l’habitant.
600 000 Palestiniens
(sans compter ceux qui sont devenus Jordaniens).
100 000 Libyens. Il faudrait parler des Yéménites
et de ceux qui viennent d’ailleurs.

La Jordanie manque d’eau, d’énergie.
Sa potasse est largement possédée par les Canadiens.
Son agriculture est moderne ?
(quelquefois déraisonnable quand elle irrigue ses bananiers).
Son équilibre politique est fragile…
Coincée qu’elle est entre des pays en conflit.

Les réfugiés d’aujourd’hui ne sont plus ceux d’hier.
Moins cultivés, moins susceptibles de s’adapter,
moins capables d’émigrer…
(le problème n’est plus tant celui de l’accueil d’urgence
que celui d’un développement à long terme
prenant en compte les Jordaniens eux-mêmes).
Le problème des réfugiés n’est plus celui de l’urgence, mais du long terme.

On dit que, devant l’accueil fait aux Syriens,
certains Jordaniens affirment :
« I dream to be a Syrian refugee…”.
Et d’autres : “Je ne suis pas étranger, et pourtant je suis Jordanien.  »
Ils rêvent peut-être d’un pays sans Syriens
mais, en attendant, ils les accueillent.
Un tiers des habitants de Jordanie ne sont pas des Jordaniens !

S’écouter sans s’entendre
Rencontre avec des Irakiens. Réfugiés.
Repas avec des Irakiens.
« Vous parlez Français ? ». Silence.
« You speak english ? ». Silence, puis un mouvement de main.
Et l’échange commence.
Il est besogneux. Ressemble à un dialogue de sourds.
« – D’où venez-vous ? ». « – Non, ce n’est pas mon mari, c’est mon père. »
« – Non, je vous demande : d’où venez-vous ? »… nous sommes arrivés en 2014. »
Au gré du passage d’un traducteur, on va un peu plus loin.
« -Aujourd’hui, que souhaitez-vous ? »
« – La paix, une aide internationale pour partir. »
« – Où ? ». « – Australie, Canada, Suède. »
Deux jeunes se mêlent à la conversation :
« – Allez-vous à l’école ? ». « – Non ! »
« – Pourquoi ? ». « – C’est trop loin ! »
« – Alors, que faites-vous ? ». « – Le ménage, la télévision, la religion. »
« – Veux-tu retourner en Irak ? ». « – Non ! »
« – Pourquoi ? ». « – A cause des enlèvements.
Ils vous enlèvent et ils vous laissent le choix :
Soit vous devenez musulmans, soit vous êtes tués. »
Chacun décline sa profession : dentiste, carrossier,
Chef de cuisine, ingénieur chimique… professeur.
« -Et vous ne réagissez pas quand vos enfants ne font rien ? »
« – On ne peut pas. »
« – Alors, vous voulez partir ailleurs. Pourquoi ? »
« – Parce que nous avons de la famille. »
« – Et pourquoi vous n’y allez pas ? … »
« – Ce sont les Syriens qui sont accueillis maintenant. »

Now is the time for peace

Caritas propose un slogan aux enfants :
“I am love, I am respect, I am justice,
I am hope, I am help, I am solidarity,
I am… Caritas.”

Toucher
Messe.
Elle ne semble pas plus que moi comprendre ce qui se dit.
Elle est recueillie. Immobile. Les yeux baissés.
Voici le temps de la communion.
D’où vient le châle qu’elle s’ajuste en avançant ?
Je ne sais.
Elle communie.
Puis elle va droit sur la crèche.
Elle se hausse sur la pointe des pieds pour toucher Jésus.
Elle redescend. S’arrête un long moment.
Quel âge a-t-elle ? Vingt ans ?

Distribution
Être réfugié, c’est entrer dans l’univers du papier.
Vous n’avez pas de papiers officiels, certes !
Mais vous êtes étiqueté, questionné, noté, renseigné.
Vous avez des bons, des autorisations.
Ici, on distribue des petits poêles au kérosène
(made in China).
Sur la boîte est expliqué comment s’en servir
même pour cuisiner…
C’est sans doute minimal,
mais, à vrai dire, en même temps on vous donne deux couvertures
dans une belle enveloppe en plastique translucide
(made in China).
« Montrez-moi votre bon. ». « Je ne vous ai pas sur ma liste. ». « Ah ! Si ! ».
« Veuillez signer ici. »

Rencontres à Fuheis

Fuheis est un village chrétien.
De tout temps.
Mais, aujourd’hui, il compte 5000 habitants.
Nous sommes là pour rencontrer 40 prêtres travaillant en Jordanie.
Ils sont Irakiens, Colombiens, Italiens, Palestiniens,
mais la majorité est Jordanienne.
Ils sont « latins », sauf un des Irakiens qui est Syro-catholique (chaldéen).

Nous discutons dans la cour de la paroisse, puis par table.
La vie paroissiale de ces prêtres peut ressembler à la nôtre par bien des côtés :
célébration de sacrements et de funérailles,
fêtes pour les anniversaires de mariage, pour l’obtention des diplômes pour les étudiants,
formation ou préparation au mariage,
ouverture à la vie spirituelle dans un pays musulman,
J. E. C. (il en existe 30 groupes dans le pays… pour 30 paroisses),
J. O. C., scouts, chorale, catéchisme, Légion de Marie, œuvres caritatives.
Mais tous les prêtres s’occupent d’écoles. Cela fait partie de leur A. D. N.
À Fuheis, les chrétiens accueillent 2 500 élèves !

« – Quels sont les principaux défis que vous ayez à relever ? »
1) «  Le conflit israélo-palestinien . Cela nous empoisonne la vie.
Il nous faut sans cesse nous confronter à la propagande israélienne
et vérifier avec ce que nous pouvons recueillir comme information. »
Je sens que, pour ce prêtre, la peur vient du constat qu’Israël refuse la solution de deux États,
et ne veuille pas plus celle d’un seul État
Israël veut garder le statu quo qui lui est favorable.
De plus, ils craignent qu’un jour les Palestiniens soient expulsés vers la Jordanie.
Évidemment, le problème fondamental est celui de l’occupation de la Palestine !

2) La migration des chrétiens vers les pays occidentaux.

3) L’afflux de réfugiés venant principalement de Syrie et d’Irak.  »

Chemin faisant, je comprends pourquoi nous n’avons pas vu de réfugiés syriens et n’avons pas pu aller dans les camps.
Tous les prêtres ont de bons contacts avec les musulmans.
Mais ici, on ne se mélange pas. Il n’y a pas de mariage mixte.
Et il est invraisemblable que des évêques demandent à voir des musulmans.
Or, dans les camps, il n’y a que des musulmans.
Les réfugiés irakiens pèsent lourd dans la vie des paroisses.
Beaucoup, en arrivant, ont commencé à vivre dans les églises, dans les presbytères.
Aujourd’hui, presque tous ont un logement. Sommaire, mais « chez eux »,
souvent payé, au moins en partie, par la communauté.
Tous soulignent ce qu’ont fait les orthodoxes pour l’accueil des Irakiens :
ils donnent 5 % de leurs revenus pour eux !
Tous regrettent de ne pas avoir de place dans leurs écoles pour les jeunes réfugiés (qui vont chez les orthodoxes qui, eux, ont de la place).

4) La place des chrétiens en Jordanie (2 % de la population)  : l’article 2 de la Constitution stipule que l’islam est la religion de la Jordanie. L’article 6 affirme que tous les Jordaniens sont égaux devant la loi. Même si l’islam n’inspire pas toutes les lois, même si le roi Abdallah fait attention aux chrétiens, la plupart sentent un raidissement des musulmans à leur endroit depuis cinq ou six ans. Tour le problème est dans l’articulation des articles 2 et 6.
Pendant longtemps, les leaders religieux ont discuté entre eux… mais la discussion a été interrompue car les chrétiens estiment que ce qui est enseigné par les livres de classe rend inutile la discussion… puisque ces livres forment au mépris des chrétiens.
Quoi qu’il en soit, les problèmes de conversion sont toujours en défaveur des chrétiens. Par exemple, le père qui se convertit entraîne la conversion automatique de ses enfants, sous peine d’être déshérités. Nos interlocuteurs se sentent Jordaniens. Mais de seconde classe. Et clament la peur de Daesch. Même si Daesch est proche, ce n’est pas de l’extérieur que le changement peut venir, mais, de l’intérieur du pays.

5) La montée du matérialisme, de l’individualisme, de la sécularisation qui gagne à partir de l’Occident (personne ici ne semble penser que la vie urbaine soit différente de la vie villageoise, et qu’internet règne ici comme ailleurs)… Le paradoxe, c’est que les chrétiens sont souvent assimilés aux Américains et aux Européens : ce qui vient de l’Occident est imputé aux chrétiens.

6) Les difficultés ecclésiales  : le diocèse de Jérusalem est un diocèse qui s’étend sur quatre pays différents (Israël, Palestine, Chypre, Jordanie) dont les lois sont quelquefois incompatibles et les frontières infranchissables. De plus, ce diocèse est parcouru par des « touristes » (des pélerins) peu attentifs aux difficultés locales… et promouvant des idées contradictoires.
Pour certains prêtres, beaucoup de progrès restent à faire dans le domaine de la coresponsabilité avec les laïcs.

7) Un synode diocésain a eu lieu en 2000 , mais, disent nos interlocuteurs, « nous n’en avons pas appliqué les recommandations » !

Il est difficile de donner une idée de ce qui a été un moment de grâce (nous avons célébré la messe en arabe), de dialogue et de convivialité… « il est bon pour des frères d’être tous rassemblés ». Nos interlocuteurs semblent assumer le danger d’une situation fragile avec détermination. Ils donnent des signes qui montrent une peur… mais une peur qu’ils dépassent avec une force qui étonne.

Fuheis orthodox club

Étonnant.
À deux pas de l’église catholique, une salle orthodoxe.
Sur le mur, un panneau indique une piscine à ciel ouvert.
Je l’ai vue… Elle n’est pas en eau pendant l’hiver.
Et la cour est bordée de réclames pour une entreprise de logistique « Al arabia ».
Mais, sur le même panneau, est indiquée une piscine d’intérieur
Destinée au propriétaire… Je n’ai vu ni la piscine, ni le propriétaire.
Mais j’ai monté les marches, filmé par la télévision catholique locale…
En tout cas, je le suppose…
L’avant-bras du caméraman était tatoué
D’un vaste : « Jésus-Christ »…

Aller (ou revenir) de Fuheis
La route est entourée de magnifiques maisons blanches,
d’un palais digne de Trianon, blanc
d’un gigantesque hôpital, blanc
et d’une cimenterie Lafarge…
Peut-être pour nous rappeler que la France est le premier investisseur non arabe ici.
L’opérateur téléphonique qui me sert est Orange. Total est au bord des routes.
On m’a parlé d’Aéroport de Paris, de Suez environnement… et des grandes surfaces franchisées.

La rencontre avec les O. N. G. travaillant pour les réfugiés

Enfin, nous avons pu rencontrer les vrais professionnels des O. N. G. !
De petites O. N. G. De celles qui sont sur le terrain.
De ces personnes qui vivent avec les réfugiés.

Il est vrai que nous ne sommes pas allés dans les camps
(on parle de 800 000 personnes dans les camps).
Il n’y a pas un seul chrétien qui s’y trouve
(probablement que ceux-ci appartiennent plutôt à la classe moyenne
et savent aller ailleurs).
On nous dit que ce sont les organisations gouvernementales et de l’O. N. U. qui y travaillent.
On nous dit que ce sont des lieux de proximité, de violence, de violence sexuelle.

Le travail de nos interlocuteurs s’opère en différents domaines pour des personnes qui logent où elles peuvent « en ville ».
Accueillir est difficile et complexe. Les problèmes à résoudre sont variés.

-La santé : on nous parle de l’action des Dominicaines.
On nous raconte ce que l’hôpital italien fait pour ceux qui ne sont pas reçus ailleurs…

-La nourriture : évidemment, les systèmes sont différents. Au début, les réfugiés sont nourris sur place (par exemple dans les églises et les presbytères qui les ont accueillis)… mais après, on leur donne des « coupons » avec lesquels ils peuvent acheter ce qu’ils veulent (sauf alcool et cigarettes).

-L’administration : nos interlocuteurs pensent qu’il faut aider les réfugiés à trouver un lieu d’exil. Beaucoup ne connaissent ni ce qui est offert par les différents pays, ni les conditions pour y arriver. La plupart ont de la famille dans des pays qui acceptent le regroupement familial, mais ils l’ignorent.
Mais, sur ce point, la discussion est forte : faut-il aider les chrétiens à quitter le Moyen-Orient, à quitter leur culture (qui est une richesse mondiale) ? Faut-il les pousser à rester pas trop loin de chez eux pour ne pas être dispersés ? Comment respecter les libertés ? Quelles informations fournir sur les difficultés à l’arrivée ?

-L’aide spirituelle et psychologique : tous les réfugiés ont vécu un ou plusieurs chocs. Religieux, ils demandent une aide spirituelle, mais il faut aussi –le plus souvent- leur proposer des aides psychologiques, des groupes de parole, des rencontres individuelles. Il faut noter que beaucoup de violence existe chez les réfugiés : il est difficile pour eux de se plaindre, et, surtout lorsqu’elle cette violence est sexuelle et se vit dans la famille, de trouver le moyen de mettre les personnes à l’abri dans des conditions acceptables. Beaucoup d’abris sont en fait pires que des prisons !

-Les formations : comme ils veulent immigrer, il convient qu’ils apprennent la langue du pays où ils veulent se rendre. Mais plus largement, il faut leur apprendre à communiquer dans un monde autre que le leur.

-La vie sociale : certaines O. N. G. cherchent à permettre aux réfugiés de travailler pour qu’ils ne soient pas constamment des assistés. En principe, le gouvernement jordanien refuse qu’ils soient salariés. Certains sont heureux de faire du bénévolat au service des autres réfugiés… mais cela demande, au départ, de l’encadrement.
Mais il faut quelquefois réapprendre les règles de la vie sociale. En Syrie, on peut se marier à 16 ans, en Jordanie à 18… Là, les parents choisissent le conjoint de leur enfant. Ici, ils sont « libres », etc…

-La recherche de fonds… et donc la connaissance des grands programmes d’aide internationaux.

Les discussions sont passionnées.
Il apparaît qu’il n’y a aucune coordination réelle entre les O. N. G. catholiques.
Les personnes que nous voyons se rencontrent cependant.
Tous travaillent d’abord pour les chrétiens irakiens (8 000), voire Syriens (10 000).
Tous disent que les Irakiens sont des réfugiés politiques
même s’ils mettent leur foi en avant.
C’est à cause de leur religion qu’ils ont été chassés.
Ils admettent parfaitement que l’aide doive aller à tous les persécutés
mais ils protestent parce que l’O. N. U. refuse d’aider les Irakiens catholiques
pour ne pas favoriser une religion…
De plus, ils affirment que les Irakiens de Mossoul
ne peuvent plus rentrer chez eux, tandis que les Syriens le pourraient
s’ils acceptaient d’affronter la guerre.

Tous pensent que les vrais problèmes sont devant nous,
que le nombre de réfugiés va augmenter…
Et que leur coût sera rapidement insurmontable.
La seule solution –la moins chère- serait la paix.

Beaucoup pensent que les grands de ce monde ont un plan. Secret.
La partition du Moyen-Orient en autant de parcelles ethnico-religieuses.

Extinction de voix

Ma voix s’est perdue dans les courants d’air et la climatisation.
Je vais chez un pharmacien.
Il me vend des produits inconnus.
Rentré dans ma chambre,
les boîtes ne contiennent pas la moitié de ce qui est écrit…
Et je réalise qu’il ne m’a fait payer que la moitié du prix indiqué…
Je reste sans voix !

Rencontre avec les réfugiés

Les meilleures rencontres ont été les messes.
Il est difficile de communiquer lorsqu’on ne parle pas la même langue,
mais il est facile de prier et d’éprouver la communion.
Ajoutons qu’à toutes les messes l’Ave Maria de Lourdes a permis de chanter ensemble
et quelquefois, certaines trouvailles ont permis une sorte d’échange au-delà des mots :
ici, nous avons transmis la lumière aux réfugiés
et ils nous ont donné des chapelets.
Là, ils chantent pour nous avec une joie visible.
Et, petit à petit, nous finissons par échanger.
Cela commence par le récit, maintes fois répété,
des drames vécus, de la maison abandonnée
de la peur pour les enfants –spécialement pour les filles-.
Tous nous disent leur désarroi de ne pouvoir rien faire
- ils n’ont pas le droit de travailler-
et de ne pas trouver de pays d’accueil.
Beaucoup parlent de leur foi, renforcée par les évènements
et de l’Église, qui est leur dernier lieu de dignité…
L’Église leur fournit chorale, enseignement, catéchèse, vie spirituelle, occasion d’être aidés et d’aider, sport, veillée, service de l’autel, rencontres avec les jeunes de la Caritas.
Les martyrs de leur histoire leur servent de guide :
« Ces martyrs ont donné leur vie pour nous. Pour que nous puissions croire.
A nous de faire de même. »

Certains élaborent des théories…
« Il faudrait qu’Obama dépense son argent pour défendre la chrétienté. »
« Poutine est le dernier grand chrétien… »
« Les musulmans veulent nous supprimer. »

Cependant, je n’ai pas entendu un mot de haine contre eux.

Source : Diocèse d’Evry : cliquer ici.   Télécharger les cartes postales

Gaza, Crémisan, Jordanie : le regard de Monseigneur Dubost sur la coordination Terre Sainte

La visite de la coordination Terre Sainte s’achève. Monseigneur Michel Dubost, évêque d’Évry Corbeil-Essonnes, faisant partie de cette coordination, nous dresse le bilan de ces 7 jours de visites auprès des communautés chrétiennes les plus vulnérables à Gaza, à Bethléem et en Jordanie.
La première étape de votre visite pastorale vous a mené à Gaza. Qu’y avez-vous vu ? Avez-vous constaté des améliorations depuis votre dernière visite en janvier 2015 (juste après l’opération “Bordure protectrice”) ?
Gaza reste un lieu de liberté extrêmement limitée, au taux de chômage important et sans réelle perspective de solution pacifique à ses nombreux problèmes ! Pour autant, l’atmosphère m’a semblé plus légère que l’année dernière ! Certes, il n’y a pas d’espoir mais il existe une volonté de vivre. La communauté catholique manifeste cette volonté en consacrant beaucoup de forces à l’éducation, au soin des handicapés et à l’entraide : c’est admirable ! Elle enseigne ainsi comment se comporter dans un monde de violence !
Lire la suite de l’interview

Communiqué du 13 janvier 2016

 » … Dans cette terre qui est sainte pour les juifs, les chrétiens et les musulmans il nous a été rappelé, lors de notre visite, la présence forte de l’Eglise parmi les plus faibles, les plus vulnérables qui, trop souvent, sont oubliés. Nous rapportons l’expérience et les récits que nous avons écoutés, et nous sommes déterminés à donner voix à ceux qui sont sans voix. »

-Télécharger le communiqué

Mgr Dubost sur Radio Notre-Dame – 100.7

Gaza, Bethléem, la Jordanie… Une délégation d’évêques internationaux poursuit sa visite en Terre sainte auprès des chrétiens et des réfugiés de la guerre en Irak. Témoignage de Mgr Michel Dubost , évêque d’Evry-Corbeil-Essonnes. Il représente la France.

Article dans le journal La Croix

À Crémisan, l’armée israélienne interdit à des évêques l’accès au mur de séparation
Les évêques de la Coordination Terre Sainte ont été empêchés par l’armée israélienne de se rendre le 10 janvier sur les lieux de la construction d’un nouveau tronçon du mur de séparation, dont le tracé divise des terres palestiniennes chrétiennes.
Lire l’article de La Croix

Aux côtés des réfugiés pour montrer la miséricorde de Dieu Coordination Terre Sainte 2016 7-14 Janvier 2016

La rencontre avec les réfugiés en Jordanie et avec tous ceux qui souffrent à cause de la situation de guerre et de l’instabilité politique et économique de la région, sera au cœur de la visite que mènera cette année la Coordination Terre Sainte (HLC2016), c’est à dire le groupe d’évêques de l’Europe, d’Amérique du Nord et d’Afrique du Sud qui, depuis les années quatre-vingt-dix, visite chaque année les différentes communautés chrétiennes présentes en Terre Sainte.

La HLC2016 commencera le 7 janvier par deux journées à Gaza, où les évêques rencontreront la petite communauté chrétienne locale ; ils célèbreront la messe auprès de la paroisse de la Sainte Famille ; ils visiteront une école tenue par les Sœurs du Saint Rosaire ainsi que d’autres projets ayant pour but d’aider la population locale à retrouver une apparente ‘normalité’ après le conflit de 2014.

Ensuite, après une petite halte à Bethléem, où ils rencontreront la communauté de Beit Jala, frappée par les conséquences non seulement matérielles mais également et surtout sociales, découlant de la décision de confisquer une partie de leurs terres pour construire le mur de séparation dans la Vallée de Crémisan, les évêques se rendront en Jordanie (10-14).
Ici, ils concentreront leur attention sur les réfugiés qui, dans la plupart des cas, ont voulu fuir les situations de conflit en Syrie et en Iraq.

Pour accompagner les évêques européens et pour représenter le Conseil des Conférences Épiscopales d’Europe qui, en septembre 2015 a célébré son Assemblée Plénière annuelle précisément en Terre Sainte en faisant un pèlerinage sur les lieux qui accueillirent la vie, la mort et la résurrection de Jésus-Christ et qui a offert l’occasion de rencontrer à plusieurs reprises l’église locale à Mi’ilya, à Jérusalem et à Bethléem, ainsi que le Président d’Israël, Reuven Rivlin, et le Président de Palestine, Mahmud Abbas, il y aura Mgr. Duarte da Cunha, Secrétaire général du CCEE.

« Le fait de retourner en Terre Sainte après l’Assemblée Plénière du CCEE se pose comme un signe et une réponse à la promesse faite aux communautés auxquelles nous avons eu l’occasion de rendre visite en septembre dernier : la promesse était de ne pas les abandonner et de montrer l’intérêt continu de l’Église en Europe à l’égard des communautés chrétiennes en Terre Sainte », affirme Mgr. Da Cunha. “C’est un signe et une invitation adressée à nos communautés européennes afin qu’elles reprennent les pèlerinages qui constituent un élément très important dans le processus de réconciliation entre les différentes communautés locales. Non seulement les pèlerinages permettent la reprise de l’économie locale, nécessaire pour éradiquer la pauvreté qui ne fait qu’alimenter les fondamentalismes, mais c’est également et surtout une façon de lutter contre l’isolement et contre l’indifférence. Dans l’année de la miséricorde, voulue par le Pape François, nous souhaitons adresser aux communautés que nous visiterons et notamment aux réfugiés en Jordanie – continue Mgr. Da Cunha -, notre message de miséricorde, par le témoignage de notre proximité, en nous tenant à l’écoute de leurs joies et de leurs espérances, de leurs souffrances et de leurs angoisses, pour détruire le mur de l’indifférence que la frénésie de notre vie quotidienne nous pousse trop souvent à lever face à cette humanité blessée ».

Les évêques suivants participeront à la Coordination Terre Sainte :
-S.E. Mgr. Declan Lang (Clifton, Royaume Uni – Coordinateur)
-S.E. Mgr. Lionel Gendron (Saint-Jean, Canada)
-S.E. Mgr. Michel Dubost (Evry, France)
-S.E. Mgr. Thomas Maria Renz (Rottenburg-Stuttgart, Allemagne)
-S.E. Mgr. John McAreavey (Dromore, Irlande)
-S.E. Mgr. Rodolfo Cetoloni (Grosseto, Italie)
-S.E. Mgr. Pierre Bürcher (Islande)
-S.E. Mgr. William Nolan (Galloway, Ecosse)
-S.E. Mgr. Stephen Brislin (Le Cap, Afrique du Sud)
-S.E. Mgr. Joan Vives (Urgell, Espagne)
-S.E. Mgr. Dr. Felix Gmür (Bâle, Suisse)
-S.E. Mgr. Oscar Cantu (La Cruces, USA)
-S.E. Mgr. William Kenny (Birmingham, Royaume Uni) – COMECE
-S.E. Mgr. Christopher Chessun (Église d’Angleterre)
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