Homélie de la messe de la Saint-François à Jérusalem

Le frère Marc Leroy, dominicain, présidait – en sa qualité de sous-prieur in capite du Couvent Saint-Étienne de Jérusalem – la messe célébrée dimanche 4 octobre, à l’occasion de la Saint-François, en l’église du Couvent Saint-Sauveur de Jérusalem. Belle tradition que celle de voir la messe du jour de la fête du fondateur des franciscains célébrée par un dominicain, mettant ainsi en relief une similarité de ces deux ordres : vivre la sequela Christi, la suite du Christ, à la manière des apôtres, par l’envoi en mission et la pauvreté évangélique.

Saint-François, couvent Saint-Sauveur

Excellence, Messieurs les consuls généraux, frères et sœurs.

Dans la première lecture, Ben Sira nous parle d’un grand témoin qui pendant sa vie consolida la maison de Dieu. Nous sommes dans ce passage du Siracide que nous appelons l’Éloge des Pères où Ben Sira va parler des grands personnages de l’Ancien Testament en commençant par Hénok, Noé, Abraham, Isaac, Jacob, Moïse.

Dans la passage que nous avons entendu, Ben Sira parle d’un grand prêtre de Jérusalem, Simon, fils d’Onias. Il nous le présente comme étant celui qui a fortifié le sanctuaire, celui qui a fait en sorte que la Maison de Dieu soit plus forte, plus belle, plus rayonnante.

Saint François aussi a resplendi dans le Temple de Dieu. Il a fait en sorte que l’Église soit plus belle, plus aimable.

La voix du crucifix de San Damiano lui dit « François, va et répare ma maison, laquelle, comme tu vois, va tomber en ruine. » Comme le grand-prêtre Simon, il entreprend des travaux pour réparer le sanctuaire. C’est l’Église elle-même dans son ensemble et pas seulement San Damiano qui deviendra plus belle grâce à saint François et grâce à ses frères.

Par sa vie, par son action, saint François est comme le soleil qui a resplendi dans le temple de Dieu.

C’est pour nous, quelle que soit notre vocation, une invitation à agir pour aider l’Église à être plus belle et à rayonner. Cela veut dire que nous ne pouvons pas nous contenter de faire peu, nous devons faire beaucoup, nous devons faire tout ce qui est possible, avec la grâce de Dieu, pour que l’Église soit plus belle. Saint François a resplendi dans le temple de Dieu, c’est bien au cœur de l’Église que nous avons à agir, si nous voulons témoigner au monde du Christ Jésus.

Dans la deuxième lecture, tirée de la lettre aux Galates, l’Apôtre saint Paul dit qu’il porte dans son corps la marque des souffrances de Jésus. Saint Paul parle ici des cicatrices des mauvais traitements qu’il a pu connaître à cause du Christ Jésus. Nous savons qu’il a subi des épreuves à cause de son témoignage pour Jésus : il a reçu des coups de fouets, il a été battu de verges, il a été lapidé une fois. Il considère ces marques comme plus glorieuses que toute autre signe dans la chair, et il pense ici à la circoncision, car ces marques lui rappellent son témoignage en faveur de Jésus.

Jésus a été obéissant jusqu’à la mort, et la mort ignominieuse de la croix, et saint Paul a témoigné de Jésus jusqu’à souffrir pour lui.

Saint François a vécu dans sa chair les marques de Jésus. Il pouvait dire comme saint Paul « Je porte dans mon corps la marque des souffrances de Jésus ». Deux ans avant sa mort, sur le mont Alverne, descend du ciel un séraphin, sous la forme d’un homme crucifié, attaché à une croix. Cinq rayons de lumière et de feu jaillissent des cinq plaies du séraphin crucifié pour venir frapper le côté, les deux mains et les deux pieds de saint François. Ce sont les Stigmates.

La marque des souffrances de Jésus peuvent jouer aussi un rôle important dans notre vie. D’abord, quand nous méditons sur l’humanité de Jésus, nous pouvons prendre conscience, quand nous méditions sur les cinq plaies de Jésus, combien Dieu nous a aimés. Il nous a aimé jusque-là, jusqu’à mourir pour nous. Puis, nous pouvons y trouver un réconfort, paradoxalement, un lieu où trouver refuge. Enfin, ces marques de Jésus sont source de grande joie. Oui, porter dans son corps la marque des souffrances de Jésus peut être source de grande joie. Nos souffrances, nos blessures, nos échecs font que nous nous sentons proches de l’humanité de Jésus. Il y a une conformité entre deux corps blessés par la vie, cette conformité doit aussi toucher à la vie de grâce, à la Résurrection, à la vie éternelle.

Dans la deuxième épître aux Corinthiens, saint Paul écrit : « Nous portons partout et toujours en notre corps les souffrances de mort de Jésus pour que la vie de Jésus soit, elle aussi, manifestée dans notre corps. »

Notre corps est appelé à la Résurrection et notre corps doit manifester, témoigner, non pas de choses terribles, mais de la Vie de Jésus, de la Vie éternelle que nous apporte Jésus.

Porter dans son corps la marque des souffrances de Jésus, c’est aussi témoigner que notre corps va ressusciter. De la même façon que le Père a ressuscité Jésus d’entre les morts, Il ressuscitera nos pauvres corps mortels.

Dans l’évangile selon saint Mathieu, il est question de la Révélation. Jésus dit « Personne ne connaît le Fils, sinon le Père, et personne ne connaît le Père, sinon le Fils, et celui à qui le Fils veut le révéler ».

Trop souvent, nous pensons que la connaissance que nous avons de Dieu le Père, vient de nous, que cela part de nous, de notre volonté, de notre désir. Le désir de Dieu est une bonne chose et nous sommes capax Dei, capable de connaître Dieu. Nous avons en nous cette capacité de parler à Dieu, c’est la prière personnelle. Mais nous nous trompons. Tout ne vient pas de notre désir. C’est Dieu qui le premier a le désir d’aller vers nous, c’est Dieu qui le premier à le désir d’aller à notre rencontre. Pour cela, Il emprunte le chemin de la pauvreté et de l’humilité, c’est l’Incarnation, c’est la naissance à Bethléem, c’est la vie cachée à Nazareth.

Dans l’évangile, Jésus dit que le Père veut se révéler aux tout-petits.

De même que Dieu s’est fait pauvre et humble en Jésus, nous devons devenir pauvre et humble si nous voulons connaître la Révélation du Père que Jésus est venu dire au monde.

C’est ce que saint François a parfaitement compris. Cela nous renvoie à un troisième moment de la vie de saint François, peut-être le moment fondateur, ce moment où saint François, fils d’un riche drapier, renonce à tous ses biens et abandonne ses vêtements.

La voie que saint François veut suivre, c’est celle de la pauvreté et de l’humilité. C’est cette voie que nous aussi devons prendre si nous voulons connaître le Père. Nous avons toujours à nous dépouiller du superflu, à nous désencombrer de ce qui peut être un obstacle à la connaissance de Dieu, à une plus grand intimité avec le Seigneur.

C’est par cette voie que Jésus continue de se rendre présent à nous, sous les espèces du pain et du vin qui deviendront Son Corps et Son Sang.

Frère Marc Leroy, o.p.

Sous-prieur in capite du Couvent Saint-Étienne de Jérusalem

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