Entretient avec le Père Ephrem AZAR, né en Irak à Qaraqos, dominicain de l’Association Entre Deux Rives

Entretient avec le Père Ephrem AZAR, né en Irak à Qaraqos, dominicain  de l’Association Entre Deux Rives

Question:

Pourquoi une association supplémentaire ayant pour but d’aider les chrétiens persécutés en Irak et de favoriser l’éducation inter-religieuse?

Réponse:

Entre deux Rives (la passerelle France-Orient) est une association que j’ai récemment créée avec des amis.

Père dominicain, anthropologue et historien des religions, je suis né en Irak à Qaraqosh (province de Ninive-Mossoul) où vivait ma famille (frères, soeurs et neveux).

Comme la plupart des habitants de Sinjar, des villages chrétiens, yazidis et musulmans, ils ont dû fuir précipitemment la plaine de Ninive pour se réfugier en zone Kurde. Je ne pouvais pas rester les bras croisés face à ce drame génocidaire. L’âme de mon peuple est en train de mourir. Pour ces populations, c’est toujours la valise ou le cercueil ! Le visage de mes compatriotes m’interpelle. 45.000 habitants de Qaraqosh (Bakhdida sur les cartes) ville

majoritairement chrétienne – ont dû fuir vers le Kurdistan la nuit du 6 au 7 août 2014. Imaginez l’état des camps de réfugiés, le désespoir de ces populations persécutées !

Question:

Nous comprenons bien votre affliction et votre désir de réagir devant ce drame humain mais en quoi l’association Entre Deux Rives, peut-elle apporter une contribution significative à la restauration de la liberté religieuse dans votre pays?

Réponse:

Cette idée d’association part d’un diagnostic. J’ai vécu mes 26 premières années à Quaraqosh, Mossoul, Sinjar.

Ma culture et mon éducation – comme celles de l’ensemble des habitants de cette région – se sont construites sur la tolérance et le respect de l’autre. Le dialogue interculturel entre les différentes communautés était le ciment du bien vivre ensemble qui existait entre les Chrétiens, les Musulmans et les Yazidis. La restauration du dialogue interculturel passe donc par la culture et l’éducation. Entre Deux Rives est une initiative pour contribuer concrètement à la restauration de ce bien vivre ensemble.

Question:

Si l’on comprend bien, la création de l’association entre deux Rives part de ce diagnostic. Parlez-nous de son objectif principal.

Réponse:

L’objectif d’Entre Deux Rives est de contribuer à la restauration par la culture et l’éducation du dialogue interculturel entre l’orient et l’occident (les deux rives de chacun des continents) et, plus particulièrement en Irak, sur le terrain même des exactions subies actuellement.

Question:

Quand on a dit cela, on ne peut qu’avoir bonne conscience, mais concrètement, que proposez-vous avec votre équipe?

Réponse:

Nous n’avons pas l’intention de nous limiter à de beaux discours humanitaires et à rester des spectateurs engagés certes, mais non actifs, sur les territoires où se déroule sous nos yeux ce qu’il faut bien qualifier de génocide ethnique et religieux.

C’est pourquoi nous avons décidé d’agir modestement, peut-être, mais d’une manière très concrète sur le terrain, auprès des populations persécutées qui n’ont pour avenir que la déportation dans des camps où la mort (il y a des centaines de morts dans la région de Mossoul et à Sinjar 4.000 femmes ont été enlevées, violées et vendues comme esclaves). Les enfants sont livrés à eux-mêmes sans soins, et sans possibilité d’éducation.

Question:

Père Ephrem, quels sont ces projets concrètement ?

Réponse:

Tout part de l’école et de la famille.

L’école, c’est le chemin de la liberté et le premier pas vers la démocratie. L’éducation libère de l’obscurantisme, elle combat l’ignorance et permet de lutter contre les discours et les actes de ces hordes barbares qui dévastent le pays (Daech, Al-Qaïda) et qui anéantissent les populations dans le berceau même des civilisations chrétiennes. A ne pas oublier que les chrétiens sont les héritiers de ce pays avant l’arrivée de l’Islam.

Le premier projet est donc de construire une école-multiconfessionnelle.

La famille est un lieu d’amour et de sécurité et les problèmes sanitaires sont très importants, chez les réfugiés. Une bonne santé minimum est indispensable pour accéder à l’école et bénéficier de l’éducation scolaire et familiale.

Le deuxième projet est de réaliser un dispensaire doté d’une offre de soins adaptés à la situation (lutter contre les épidémies et prodiguer les soins d’urgence). Notre priorité est d’assister la mère et l’enfant pour les aider à retrouver leur dignité humaine et leur droit à l’éducation.

Question:

Avez-vous trouvé, sur place, un lieu?

Réponse:

Je me suis rendu, plusieurs fois, sur place pour évaluer la situation et les besoins les plus urgents. Les trois constructions (école et dispensaire et orphelinats) de l’association Entre Deux Rives pourront se réaliser en zone libre dans la plaine de Mossoul. Nous trouverons assez facilement les équipes pour les animer et les développer.

Je dois retourner, prochainement, au Kurdistan avec un camion de vêtements et de jouets pour rencontrer mes amis irakiens déplacés et voir avec eux comment ils peuvent retourner à Qaraqosh et dans les villages de la plaine de Mossoul car déserter c’est faire le jeu de la barbarie. Je serai accompagné d’un reporter et d’un photographe bénévoles qui pourront ensuite rapporter l’état des lieux de la situation à notre retour en France. Cet état des lieux est nécessaire pour identifier concrètement les besoins et les réalisations à mener.

Question:

En résumé, Père Ephrem, qu’attendez-vous de nous pour la réalisation des projets d’Entre Deux Rives à savoir les maisons au service de la santé et de l’éducation de ces populations persécutées ?

Réponse:

J’ai besoin, ou plutôt ces populations persécutées ont besoin de votre soutien et de vos

prières.

Votre soutien peut s’exprimer par votre adhésion à l’association Entre Deux Rives (cotisation ou parrainage 50 € :

parrainer une maman et son enfant orphelin, parrainer un enfant à scolariser ou à re-scolariser) ou par vos dons.

Question:

Et pour conclure, Père Ephrem?

Réponse:

La liberté doit absolument sortir vainqueur de cette guerre barbare, sans nom et sans visage.

La liberté, c’est avant tout la liberté religieuse, celle de la dimension spirituelle sans laquelle l’être humain serait dépourvu de toute essence divine et ne serait donc pas homme.

Cette liberté est pour nous un droit acquis, ce qui est loin d’être le cas actuellement en Irak. Votre mobilisation est indispensable pour instaurer cette liberté en Irak. Nous vous tiendrons bien entendu informés de ces réalisations qui contribueront au rétablissement de prosperité et du bien vivre ensemble dans cette région.

Agissons, tous, où que nous soyons, pour ne pas subir.

Je tiens a  vous exprimer au nom de l’Association, toute ma gratitude pour votre générosité.

Avec mes sentiments les plus affectueux,

Père Ephrem AZAR, dominicain

Association Entre Deux Rives

Source :  Association Entre Deux Rives : publié le 11 février 2015 cliquer ici.

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