Que faire des juifs de Palestine ? : les contradictions de la politique Ottomane

Avant même la naissance du sionisme politique, et à partir de 1882, s’installe en Palestine la première vague d’immigration juive. Elle se poursuivra au début duXXe siècle. À la veille de 1914, les juifs représentent 80 000 personnes, soit environ 10 % de la population locale. Fallait-il les ménager ou les considérer comme des représentants des puissances alliées ? Tel est le dilemme auquel ont eu à faire face les dirigeants ottomans.

La première guerre mondiale généra de formidables difficultés et de rudes épreuves au sein du Yichouv juif en Palestine qui, à l’époque, ne représentait que quelque 10 % de l’ensemble de la population et était divisé selon plusieurs critères, parmi lesquels la langue, la nationalité, l’origine ethnique et la culture. Dans la mémoire collective juive, le règne de Jamal Pacha est associé de façon négative à sa féroce opposition au sionisme et à l’expulsion de la population juive de Jaffa et de Tel Aviv au printemps 1917, lorsque les Britanniques se rapprochaient de la frontière sud de la Palestine, et qu’en conséquence des centaines de personnes moururent de maladie, de famine, et de mauvaises conditions sanitaires. Il est également associé aux événements traumatiques entourant la découverte du réseau d’espionnage clandestin Nili «  Netzah Israël Lo Yeshaker  »(«  Le protecteur d’Israël n’est pas trompeur  ») à l’automne 1917, parmi lesquels le suicide de l’un de ses membres, Sarah Aaronsohn, qui fut soumise à la torture, et l’exécution de deux autres membres du réseau à Damas  ; et finalement, à la peur constante de partager le sort des Arméniens.

Il est très instructif d’examiner comment les événements de la première guerre mondiale sont rapportés dans les récits historiques produits par les différents pays qui sont nés sur les cendres de l’empire ottoman. Il est évident que ces récits sont encore principalement écrits d’un point de vue nationaliste s’appuyant sur des sources locales ou occidentales et faisant très peu référence — voire pas du tout — au point de vue ottoman, à des considérations ou à des sources ottomanes. Ces dernières années, les archives ottomanes d’Istanbul, qui sont sous l’égide du cabinet du premier ministre de Turquie, ont été progressivement cataloguées, informatisées et ouvertes aux chercheurs du monde entier. Les seules sections qui font encore l’objet de restrictions sont celles concernant des questions sensibles et délicates, comme les événements entourant la tragédie arménienne. En ce qui concerne de tels fichiers, la censure et d’autres restrictions semblent encore en vigueur.

Des télégrammes cryptés échangés entre Istanbul et les autorités ottomanes dans le Croissant fertile (aujourd’hui, la région couvrant, en gros, la Syrie, le Liban, la Palestine et Israël) pendant la guerre, et qui sont accessibles aux chercheurs, apportent une lumière nouvelle sur l’histoire de cette période en Palestine et à d’autres endroits de l’Empire. De tels matériaux contribuent aux recherches historiques sur la période dont les événements font encore l’objet de débats et de controverses. Ils procurent des informations exceptionnelles sur des questions qui préoccupaient les autorités ottomanes à Istanbul et au Levant à cette époque, telles que l’avenir de la région, le sort des habitants de Palestine, l’opinion publique en Europe concernant la population de l’Empire, l’espionnage ou encore le déplacement des populations….

Suite de l’article de YUVAL BEN-BASSAT via Orient XXI : cliquer ici.

YUVAL BEN-BASSAT : Maitre de conférences au département d’histoire du Moyen-Orient de l’université de Haïfa où il enseigne l’histoire turque et ottomane. Il a obtenu son doctorat à l’université de Chicago, département des langues et civilisations du Proche-Orient (2007). Ses recherches portent sur les pétitions adressées de Palestine à la capitale ottomane à la fin du 19e siècle, la population rurale de Palestine à cette époque, les débuts du conflit judéo-arabe, la révolution des Jeunes-Turcs de 1908 et la première guerre mondiale au Levant. Il est l’auteur de Petitioning the Sultan : Protests and Justice in Late Ottoman Palestine, London : I.B.Tauris, 2013, et co-rédacteur de Rethinking Late Ottoman Palestine : The Young Turk Rule, 1908-1918,I.B. Tauris, 2011. Il enseigne au département d’histoire de l’université de Berkeley en 2014-2015.
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