Imam, rabbin et prêtre croisent leurs regards sur L’Etat d’Israël

Trois penseurs religieux, David Meyer, rabbin à Bruxelles, Tareq Oubrou, grand imam de Bordeaux et Michel Remaud, prêtre catholique, confrontent leurs traditions et échangent, dans un dialogue théologique libre et novateur, sur la question complexe de la réalité politique de l’Etat d’Israël. Regards croisés.

Ça commence comme une histoire drôle. Avec un rabbin, un imam et un prêtre. Mais l’histoire est plutôt tragique et le défi, relevé par David Meyer, rabbin à Bruxelles, Tareq Oubrou, grand imam de Bordeaux et Michel Remaud, prêtre catholique et directeur de l’Institut français Albert-Decourtrayd’études juives à Jérusalem, est passablement audacieux. Les grands textes du christianisme, du judaïsme et de l’islam en main, ils confrontent leurs traditions dans ce qu’elles peuvent dire, aujourd’hui, de la réalité de l’Etat d’Israël. Ils osent avancer que le détour par le ciel est indispensable pour panser la terre. Et que, puisque ce conflit est autant politique que spirituel, les pistes d’apaisement politiques doivent être nourries par la réflexion théologique.

« L’islam (avec un i minuscule) comme spiritualité et l’Islam (avec un I majuscule) en tant que civilisation et Empire, ont été pendant des siècles et depuis leur naissance une seule entité. Mais tout a basculé lorsque le système théologico-politique du califat fut définitivement défait », explique Tareq Oubrou. La fin du califat en 1924, marquait la fin d’une histoire où « la communauté musulmane religieuse » se confondait avec la « communauté musulmane politique ». « Aujourd’hui encore, poursuit l’imam, la pensée théologico-politique et juridique musulmane n’arrive pas à s’en défaire, incapable de trouver un paradigme qui répondrait à la nouvelle configuration géopolitique où la notion d’Umma islamique (la communauté des croyants, ndlr) est désormais découplée de fait de la notion d’Etat-nation. » Un constat qui trouve son illustration la plus extrême dans la tentative actuelle de l’auto-proclamé Etat islamique de recréer un califat entre la Syrie et l’Irak.

L’Etat d’Israël, un séisme mental dans la conscience musulmane

Il y a 1400 ans, le prophète Mohammed quitte La Mecque où il est persécuté et arrive à Médine. Là se trouvent deux tribus qui lui prêtent une allégeance politique et religieuse ainsi qu’une importante communauté juive. Mohammed fait rédiger une constitution où il stipule que musulmans et juifs constituent une seule communauté. Il déclare : « Celui (le musulman) qui verse le sang d’une personne non musulmane vivant en paix avec les musulmans ne verra pas le Paradis ».

Juifs et chrétiens sont considérés comme « dhimmî », protégés. Le dhimmî participe à la défense de la nation ou doit s’acquitter d’un impôt. Son statut a pour but de le mettre à l’abri des conversions forcées même si, admet Tareq Oubrou, « il fut souvent mal interprété et appliqué » et que des « exactions furent commises à l’encontre de minorités juives et chrétiennes ».

Dès lors, poursuit-il, « on comprend l’ampleur du séisme mental que peut provoquer dans la conscience musulmane l’Etat d’Israël qui se définit comme un “Etat juif”, où des musulmans –et des chrétiens– doivent vivre dans une condition de minorité, une “dhimmitude inversée” après qu’ait été chassée du territoire une partie de la population palestinienne, notamment musulmane qui y vivait depuis des siècles. »

La question des causes de cet exode palestinien de 1948 pendant la guerre, fait toujours l’objet de controverses entre historiens, entre ceux qui l’estiment inévitable dans le contexte de la guerre, et ceux qui y voient une manœuvre sioniste. Face à ce traumatisme, « certains restent enfermés dans une histoire passée » tandis que d’autres « adoptent une théologie messianique futuriste radicalement tournée vers des promesses ». Ces derniers sont obsédés par la traque de signes de la fin des temps qui s’achèvera par le retour du Messie (le Jésus coranique) et un futur combat contre les juifs. Ils espèrent le retour des musulmans sur la scène de l’Histoire... suite de l’article via LA VIE : cliquer ici.

Article de MARIE-LUCILE KUBACKI via LA VIE : cliquer ici.

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