Jérusalem. Un guide de la cité biblique antique et médiévale – Jérôme Murphy-O’Connor

Jérôme Murphy-O’Connor, Jérusalem. Un guide de la cité biblique antique et médiévale, CERF, 2014

Ce recueil constitue un guide de la Jérusalem juive, byzantine et musulmane. Il n’est pas que la Bible, en effet, pour nous introduire à l’histoire que l’on qualifie de « sainte ». Il y a aussi l’archéologie. Tout autant que les textes, les pierres parlent. Toutefois, à Jérusalem nous n’avons rien de semblable aux monuments d’Égypte qui se dressent dans le ciel. Ici, l’histoire est comprimée dans quelques mètres, parfois moins, même pour des sites conservant des vestiges significatifs.

Il fallait donc l’immense savoir de Jerome Murphy-O’Connor – bibliste de réputation internationale et piéton de Jérusalem durant plus d’un quart de siècle –, pour nous introduire à cet univers et nous permettre d’y plonger.

Un livre de science qui est aussi un exercice d’admiration et qui offre un parcours de découverte inégalé.

Les éditions du Cerf publient à titre posthume un livre de Jérôme Murphy O’Connor, op, ancien professeur à l’Ecole archéologique et biblique de Jérusalem. Cet ouvrage a pour titre “Jérusalem” et pour sous-titre “Un guide de la cité biblique, antique et médiévale”. 

Le sous-titre laisserait penser à un guide touristique de la Vieille Cité de Jérusalem. Mais ce n’est pas que cela, même si le lecteur est invité à arpenter des sites et des rues chargés d’histoire avec quelqu’un qui, visiblement, a acquis une longue expérience de ces pérégrinations.

Jérôme Murphy-O’Connor, grand exégète dominicain, professeur à l’Ecole Biblique de Jérusalem, met au service de cette « visite » son immense expérience servie par ses nombreuses compétences. S’il est familier des lieux, c’est d’abord comme historien pour suivre les traces de l’occupation du site depuis l’âge de bronze (vers 3000 avant notre ère.)

Comment ce petit village, entouré de collines, à près de 800 m d’altitude, sans ressources, notamment en eau, et éloigné des routes commerciales, a-t-il pu attirer et fixer des populations ?

Si l’histoire ne répond pas à toutes les questions, c’est l’archéologue qui prend le relais pour détecter les couches successives d’une ville qui sera détruite plusieurs fois (entre autres, en -586 par les Perses et en 71 par les Romains.) Et, au détour, la visite soulèvera des questions polémiques actuelles. Ainsi, l’esplanade dite « du Temple », le « Haram-esh-Sharif » arabe, est-elle vraiment l’emplacement du temple de Salomon ou celui de la forteresse Antonia des Romains ? Dans l’un ou l’autre cas, les revendications territoriales des protagonistes, juifs et musulmans, d’aujourd’hui amènent à des conclusions bien différentes !

Historien et archéologue, l’auteur est aussi, et peut-être surtout, un bibliste et un théologien. Ce sont sans doute ses plus belles pages pour évoquer les sites bibliques (le Mont Moriah, le Mont Sion, la source de Gihon dans la vallée du Cédron…) et les principaux sites évangéliques : le Temple de Salomon, Gethsémani, la Via dolorosa, le Cénacle. A l’occasion, il échappe à son rôle de guide dans une étude magistrale des Evangiles pour décrypter « ce qui s’est vraiment passé à Gethsémani. »

L’historien-théologien donne toute sa mesure dans un long chapitre consacré à la passion, mort et résurrection de Jésus. Avec beaucoup de rigueur, il démontre comment les premières communautés chrétiennes ont conservé la mémoire du site, alors même que les Romains avaient vidé la population juive et construit à cet emplacement leur Temple Capitolin. Et comment, dès Constantin, on a retrouvé les carrières, les tombeaux et les premiers vestiges chrétiens sous les constructions romaines.

L’authenticité du site du Saint Sépulcre ne laisse aucun doute, alors que tant d’épisodes évangéliques sont parfois approximatifs et revendiqués au nom de traditions qui tiennent plus à la légende qu’à l’histoire… En finale, on appréciera la saveur des péripéties, parfois « orientales », du récit de la restauration du dôme du Saint Sépulcre (1955-1997). Dans un contexte politique difficile (d’abord Cisjordanie arabe, puis Etat d’Israël,) et des intérêts conflictuels ancestraux entre chrétiens latins, grecs, arméniens… il a fallu beaucoup batailler pour mener à bien des fouilles et des restaurations dont on bénéficie aujourd’hui.

La visite s’achève par un parcours systématique de l’ancien quartier chrétien de la Vieille Ville et l’évocation de l’Hôpital Saint-Jean et de l’Ordre des Hospitaliers. Divisée en quatre quartiers (juif, chrétien, arménien, musulman), la Vieille Ville de Jérusalem concentre encore sur quelques hectares l’un des plus extraordinaires témoignages d’une longue succession de peuples : Cananéens, Hébreux, Babyloniens, Perses, Grecs, Romains, Croisés latins, Arabes, Ottomans, Anglais, Israéliens… Ce petit village, devenu ville, n’a cessé d’être convoité et revendiqué. Et si l’étymologie nous apprend que « yeru » signifie « fondation », et « shalem », un dieu cananéen du crépuscule, on a envie, après une telle lecture, de préférer la traduction plus traditionnelle, davantage chargée d’espérance que d’histoire : « la Maison de la Paix ».

Source : www.lpj.org ; Edition du Cerf.

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