« Orient-Occident : La fracture imaginaire » de Georges Corm

 Orient-Occident  : La fracture imaginaire de Georges Corm, Edition : La Découverte, 2005, 210 p..-7,70 €, Collection : Poche/Essais ; n°196

 

Economiste, historien, spécialiste de géopolitique, ancien ministre des Finances du Liban, Georges Corm possède une connaissance à la fois intime et encyclopédique du monde arabe et de ses relations avec l’Occident. Laïque convaincu, il plaide pour une analyse politique, économique et historique des événements survenant dans cette région et dénonce les clichés essentialistes qui simplifient outrageusement la complexité des relations entre communautés  et entre les Etats, en attribuant à chacun d’entre eux une identité « essentielle » dont il ne saurait sortir et qui explique tout son devenir.

Le présent ouvrage, dont une première version avait paru en 2002, en pleine crise d’islamophobie déclenchée par les attentats du 11 septembre 2001, démontre avec une implacable précision comment se sont formés les clichés occidentaux sur l’Orient : un Orient « arriéré, mystique, irrationnel » auquel s’opposerait en miroir un Occident « modernisateur, laïque et rationnel ». G. Corm fait remonter au XIXème siècle – notamment aux linguistes européens et à leur division des langues en groupes sémitiques orientaux opposés aux langues indo-européennes, aryennes – la division en deux groupes de populations et de cultures présentés comme incompatibles. Cette coupure pseudo scientifique entre Sémites et Aryens sera utilisée au XXème siècle aux fins racistes que l’on sait.

G. Corm s’attache ensuite à montrer que le développement occidental (européen puis nord-américain) dépend de causes extrêmement nombreuses (économiques, techniques, philosophiques, politiques…) et non pas de l’appartenance à un groupe. De la même façon, la stagnation relative du monde arabe (et non pas de l’Orient en général, notamment du Japon ou des tigres asiatiques) dépend, pour sa part, de conditions politiques, historiques repérables où le jeu des puissances occidentales a été déterminant, entre autres par la colonisation, la domination économique et la création de l’Etat d’Israël sur lequel se focalisent désormais les conflits de la région.

L’auteur s’attache également à démonter le cliché de l’Occident rationnel et athée, en montrant à quel point Européens et Américains sont  imprégnés d’une vision théologique du salut : qu’il s’agisse du « destin d’exception » américain ou de la dévotion à la laïcité, notamment dans sa version française la plus sacralisée.

Quant à l’Orient, il est désormais réduit dans la vision occidentale à sa carte d’identité religieuse, l’Islam devenant l’unique paramètre explicatif  des crises du monde arabe. G. Corm analyse les relations entre politique et religion dans les sociétés musulmanes et montre que c’est précisément l’occidentalisation de certains Etats, notamment  l’Irak et l’Iran, qui a poussé les gouvernants de ces pays à faire de la religion un acteur politique, en attisant notamment les oppositions entre Chiites et Sunnites, une opposition considérée aujourd’hui par de nombreux analystes comme étant intemporelle et consubstantielle  même à l’Islam.

Quant à l’Islam radical, dont G. Corm dénonce le danger, il doit largement sa diffusion, selon l’auteur, au soutien dont les Etats qui le propagent – Pakistan, Arabie Saoudite – bénéficient de la part des Occidentaux, en raison de leur appui passé dans la lutte contre le communisme et/ou de leurs ressources en hydrocarbures.

De son côté, reconnaît l’auteur, l’Orient musulman répond aux clichés occidentaux par d’autres clichés en miroir contre l’Occident, les plus radicaux reprenant d’ailleurs à leur compte le cliché d’un monde musulman pur et spirituel pour l’opposer au matérialisme athée dont seraient coupables les Occidentaux et pour justifier ainsi les actions les plus violentes.

G. Corm plaide, in fine, pour une laïcité réelle, le refus d’essentialiser toute différence entre citoyens, le refus de sacraliser toute doctrine érigée en absolu imperméable à l’esprit critique. C’est à cette seule condition, dit-il,  que nous échapperons, de part et d’autre, aux discours identitaires réducteurs et assassins.

 

Article de Laure Borgomano via http://www.chretiensdelamediterranee.com/ ; cliquer ici.

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