« L’Occident est handicapé » : en exclusivité entretien avec Mgr Joseph-Jules Zerey Protosyncelle du Patriarcat grec-melkite catholique à Jérusalem

P1130734Monseigneur Joseph-Jules Zerey, Vicaire patriarcal pour l’Eglise grec-melkite catholique, a bien voulu nous accorder un entretien.

Comment se porte l’Eglise grec-melkite-catholique ? A quelles difficultés doit-elle faire face ?

En tant qu’évêque et pasteur je peux dire que notre Eglise souffre du manque de la pratique religieuse. La communauté grec-melkite-catholique est attachée à son Eglise et à ses traditions, mais elle doit davantage avoir une démarche de Foi et de conversion. Nous avons perdu le sens à ce que nous croyons. Notre communauté ne doit pas oublier l’essentiel, mener un chemin de Foi afin q’elle soit dans notre cœur. Ce manque de pratique est dû au maternalisme et aux dépendances de la société de consommation. La pratique dépend aussi de l’enthousiasme du clergé, il n’y a pas vraiment de régularité dans la présence aux offices religieux : c’est « une Foi des grandes occasions ». Nous rencontrons beaucoup de difficulté à financer nos projets, nos écoles et nos églises, car la forte influence de l’Eglise latine attire presque toute les ressources caritatives. Nous avons des moyens très limités et l’aide de l’Eglise catholique n’est pas assez suffisante pour notre Eglise d’Orient. Il en est de même pour les vocations, avec peu nos moyens amoindris, les jeunes se tournent plus facilement vers des communautés latines non orientales. 

Comme partout en Occident, le matérialisme est un fléau, mais les fidèles sont aussi des victimes de l’occupation et du mur de séparation. En théorie, aujourd’hui nous sommes une communauté de 3300 fidèles, mais de plus en plus la tentation de l’émigration est grande. A Jérusalem la vie est plus facile, mais du côté de la Palestine c’est compliqué. L’émigration est du à un contexte politique et social compliqué qui ne permet pas d’avoir une vision de l’avenir sereine. Aujourd’hui, la majorité part au Etats-Unis et au Canada, car ils ont déjà de la famille là bas.  Les familles qui restent sont souvent les plus pauvres, elle ne peuvent partir et ne peuvent subvenir à leur besoin ici. Notre rôle est de  les soutenir en les aidant pour l’habitat. Nous sommes en train de réaliser et de terminer des logements pour 36 familles à Jérusalem sur la paroisse de Beit Hanina. En ce moment à la suite d’initiatives caritatives  nous construisons à Beit Sahour des logements pour 45 familles. Les familles ont peu d’argent et ne peuvent payer les logements ou l’école tout cela revient à la charge de l’Eparchie.

Quand et comment cette communauté s’est-elle installée à Jérusalem ? Sur quel territoire s’étend votre Éparchie patriarcale ?

La communauté Melkite de Jérusalem qui naît suite à l’union à Rome de 1724 aura dès 1772 un représentant, car le Patriarche d’Antioche devient aussi administrateur apostolique des melkites de JérusalemLa communauté Melkite est historiquement rattaché à Antioche et à Jérusalem, d’ailleurs l’actuel Patriarche Grec-Melkite Catholique Gregorios III est l’ancien Vicaire Patriarcal de Jérusalem de 1977 à 2000. Par les missionnaires catholiques Dominicains et Franciscains, établis en Terre Sainte un dialogue permet une union que les Papes Benoit XIII, Benoit XIV et Clément XIV  et Pie IX vont ainsi la reconnaître et la garantir. Á partir de 1838 le patriarche d’Antioche, Maximos III Mazloum, porte le titre, comme tous ses successeurs jusqu’à ce jour, de patriarche d’Antioche et de tout l’Orient, d’Alexandrie et de Jérusalem. C’est en 1848 que Maximos III inaugure la nouvelle cathédrale et la résidence patriarcale.

Depuis le concile de Nicée en 325 et jusqu’en 1932, la majeure partie de l’actuelle Jordanie faisait partie du patriarcat de Jérusalem, et le Nord de la Jordanie et la Galilée, de celui d’Antioche. Aujourd’hui l’éparchie patriarcale de Jérusalem a comme limites : au Nord Césarée de Palestine, sur la Méditerranée, et le confluent de l’Arnon et du Jourdain à l’Est ; à l’Ouest la Méditerranée ; au Sud de Rafah sur la Méditerranée, au Nord du Golfe de Akaba sur la Mer Rouge ; à l’Est, l’actuelle frontière de la Jordanie.

L’éparchie patriarcale de Jérusalem possède sa cathédrale Notre Dame de l’Annonciation à Jérusalem. Nous avons aussi 7 paroisses la Présentation au Temple (Al-Lika) à Beit Hanina , Notre-Dame de l’Annonciation  pour Jaffa, Ramlé et Lod, Saint Georges à Taybé, Notre-Dame de l’Annonciation à  Ramallah, Nativité de la Vierge  à  Beit-Sahour, Nativité du Seigneur à  Bethléem et Beit Jala, enfin la Décollation de Saint Jean-Baptiste  à Rafidia : Naplouse. Sur le territoire nous avons aussi Le Monastère de l’Emmanuel, à Bethléem, Les Petites Sœurs de Jésus à la Sixième Station de Jérusalem, à Bethléem, à Ramallah et à Gaza et Les religieuses de Salvator Mundi à Koubeibeh. Je m’occupe aussi des écoles, car à Ramallah nous avons  711 élèves, à Beit Sahour,  811 élèves et à Beit Hanina un jardin d’enfants de 110 élèves.   

Quelles sont vos relations avec l’Eglise Orthodoxe ? Avec les autres communautés chrétiennes ? Avec Judaïsme ?  Avec l’Islam ?  

 Il y a une soif d’unité. Une amitié fraternelle existe avec toutes les communautés chrétiennes orthodoxes en particulier aux moments des vœux. Un dialogue inter-religieux existe et nourri notre expérience, nous avons de bonne relations et nous prions souvent ensemble pour la Paix. La prière pour la réconciliation des peuples et la Paix nous rassemblent. Nous entretenons aussi un dialogue important avec le monde juif-messianique.  Aujourd’hui nous souffrons de ce qui se passe au Proche-Orient. Nous prions pour ces pays qui sont en guerre. La radicalisation du discours est violent : « c’est inhumain, ce n’est pas l’Islam ». Je suis né en Egypte, je connais bien le monde musulman, mais aujourd’hui je ne reconnais pas cette mentalité. La question du voile n’est pas problème nous avons l’habitude et puis les femmes en Europe portaient aussi des voiles : cela n’est pas dérangeant. Par contre, aujourd’hui l’Occident n’agit pas, je ne reconnais pas les valeurs qui ont pu être enseigné, et dont j’ai reçu énormément lors de mes études au Caire avec les Frères des Ecoles Chrétiennes. L’Occident n’agit pas comme il le devrait, les valeurs ne correspondent aux actes. Aujourd’hui nous avons besoin du soutient mais les actions ne peuvent être mené à cause de l’esclavage du jeux d’influence : l’Occident est handicapé. La France a implanté une culture que nous aimons à travers l’Eglise Catholique et l’enseignement du français : aujourd’hui elle souffre du matérialisme et de la société de consommation qui fait perdre la Foi. J’ai de l’espoir dans l’avenir, car les jeunes me réconcilient ! Nous attendions avec impatience ces jeunes qui venait de France… Nous souffrons tous du conflit : nous avons besoin du soutient spirituel, matériel afin de faire vivre les lieux saints : il faut faire venir les jeunes ici malgré tout. L’exemple de la France qui est déjà venu ici avec un grand pèlerinage pour les jeunes il y a quelques années est un exemple pour toute l’Europe car il né un enthousiasme après être venu en Terre Sainte. 

Propos recueillis par Charles-Edouard, depuis Jérusalem pour la Tribune de Terre Sainte

Entretient réalisé en août 2014.

Mgr Joseph-Jules Zerey archevêque titulaire de Damiette est né à Alexandrie le 9 juin 1941. Il a accompli ses études primaires et préparatoires au collège des Frères des Écoles Chrétiennes Saint-Gabriel et Saint-Marc d’Alexandrie et secondaires au collège patriarcal du Caire. Il a fait ses études théologiques au séminaire Sainte-Anne de Jérusalem. Ordonné prêtre à Alexandrie le 5 Mai 1967 par l’archevêque Élias Zoghby, il a travaillé au collège patriarcal du Caire de 1967 à 1972, jusqu’à sa nomination en tant que supérieur du collège patriarcal d’Héliopolis. Il est aussi curé de l’église Saint-Joseph de Zeitoun, au Caire, de 1985 à 2001, et président du tribunal ecclésiastique de deuxième instance. Élu par le Saint-Synode, le 22 juin 2001, vicaire patriarcal pour l’Égypte et le Soudan, il est sacré archevêque titulaire de Damiette le 9 novembre 2001 à la cathédrale de la Résurrection au Caire par S.B. Gregorios III, assisté par les archevêques Élias Zoghby et Paul Antaki. Le mercredi 4 juin 2008, le Saint-Synode le transfère au vicariat patriarcal de Jérusalem.

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