« Le silence nous fait mal » : en exclusivité entretien avec Mgr Grégoire Pierre Melki, Exarque patriarcal Syriaque-Catholique de Terre Sainte

« Le silence nous fait mal »

L’Eglise syriaque catholique est une petite communauté de fidèles. Cette Eglise orientale prie en syriaque, langue proche de l’araméen du Christ. Au vue de l’actualité  sur les Chrétiens d’Orient Monseigneur Grégoire Pierre Melki, Exarque patriarcal de Jérusalem et de Terre Sainte  pour l’Eglise Syriaque-Catholique, a bien voulu nous accorder un entretien.

Comment se porte l’Eglise syriaque catholique ? A quelles difficultés doit-elle faire face ?

Il faut prier ! La présence chrétienne est menacée, alors même que la région n’a cessé d’avoir des Chrétiens depuis les premiers siècles. Le silence nous fait mal. Le soutien matériel est bien sûr nécessaire, mais, aujourd’hui les Chrétiens ont besoin de soutien moral ! Ils sont laissés pour compte. L’Archéparchie de Mossoul a été occupée et brûlée : l’histoire elle-même a brûlé. Les églises ont été prises d’assaut. Le monastère de Mar Behnam a été pris par des miliciens djihadistes dans l’après-midi du dimanche 20 juillet. Le monastère abritait une petite communauté de moines syro-catholiques qui ont été forcés avec les familles qui résidaient à l’intérieur du monastère de partir et de remettre les clefs. Les hommes armés ont fait irruption dans ce monastère dédié au prince assyrien martyr Behnam et à sa sœur Sarah. Les moines étaient présents depuis le IV° siècle ; c’est  l’un des lieux de culte les plus anciens et les plus vénérés du Christianisme syrien.  Ils sont partis vers la ville de Qaraqosh à quinze kilomètres.

 La moitié des fidèles syro-catholique vive en Irak. A Mossoul, les Chrétiens sont aussi Chaldéens, Syriaques-Orthodoxes ou  Assyriens. La langue syriaque (sourath) est une langue du Proche-Orient née au douzième siècles avant Jésus-Christ. Le syriaque est un symbole, qui a été préservé dans le nord de l’Irak. Il fait parti de l’araméen qui est la langue du Christ. Dans la région de Qaraqosh il y a beaucoup de vocations. Pour cette raison, de nombreuses communautés telles que les dominicains et les franciscains sont venues s’y installer.

Les Kurdes assurent pour le moment la protection de cette ville de 50 000 habitants. Mgr Yohanna Petros Moshe (archevêque syro-catholique de Mossoul) a décidé de ne pas fuir et tente une médiation, dans l’intention de préserver la ville de Qaraqosh et sa population de la destruction. Mgr Moshe a accueilli près de 400 familles. La situation nous dépasse, nous sommes vraiment préoccupés par la pérennité de notre présence sur cette terre. Les Chrétiens vont-ils revenir en paix ? Nous devons être les témoins du Christ : allons nous perdre ces témoins ? Le silence nous peine, c’est un véritable crime contre l’Humanité. Voulons-nous des divisions ethniques ? Depuis 2003, la confusion règne en Irak. Mais l’Irak n’est plus un pays ! C’est depuis que les occidentaux ont voulu imposer la démocratie que la mort est partout.

En Syrie c’est la même chose, c’est très difficile. L’Eglise Syro-Catholique possède quatre évêchés : celui de Damas, celui de Homs, de Hama et de Nabk, celui d’Alep et celui d’Hassaké. Il n’y a pas de solution par les armes. Les neuf millions de réfugiés vivent dans une misère croissante ! Les Chrétiens vivent de manière critique. Nous avons aussi de nombreux dégâts matériels. A Homs, les dommages sont énormes. En trois ans, nous avons certainement vécu le phénomène le plus important depuis la deuxième guerre mondiale. Pour expliquer la situation, observez la réalité ; la clé est bien visible. D’une part, il y a le pétrole, qui rend cette région principalement désertique et relativement peu développée particulièrement attractive. D’autre part, il y a ces miliciens djihadistes qui circulent à travers le Moyen et Proche-Orient, concentrant toute l’inquiétude des pays musulmans voisins. A qui profite cette situation? Quelle puissance, quel pays aurait les intérêts et les moyens de stimuler ces terroristes ? Je laisse chacun méditer cela, avec une liberté de pensée bien nécessaire et pourtant interdite.

Depuis quand êtes-vous ici ? Sur quel territoire s’étend votre Exarchat patriarcal ? Quelles sont les difficultés que rencontre votre communauté ?

J’ai été nommé Exarque patriarcal de Jérusalem et de Terre Sainte le 18 mai 2002,  après avoir passé 27 ans à Montréal (Canada). Là-bas, je m’occupais de la plus grande paroisse de la diaspora  Syriaque-Catholique – notons que la plus grande communauté est présente aux Etats-Unis. Le territoire de l’exarchat  patriarcal s’étend sur Israël, les Territoires Palestiniens et la Jordanie. C’est une toute petite communauté qui compte trois paroisses : la paroisse Saint-Thomas de Jérusalem, la paroisse Saint  Joseph à Bethléem et la paroisse de la Vierge Marie à Amman. Au Proche et Moyen-Orient, la situation est grave pour les familles, et difficile pour tous : Que va-t-il nous arriver ? Les conditions de vies incitent les familles à partir. Nous avons environ cent cinquante familles entre Jérusalem et Bethléem ; à Amman, trois cent familles dont une partie vient d’arriver d’Irak. Nous prions. Encore mercredi [23 juillet] nous avons fait une adoration pour la paix.

Quelles sont vos relations avec l’Eglise Syriaque-Orthodoxe ?

Nous avons de très bonnes relations. Les deux Patriarches,  Ignace Joseph III Younan (Syriaque-Catholique) et  Ignace Ephrem II Karim (Syriaque-Orthodoxe) s’entendent très bien. Il y a une évolution encourageante pour l’avenir. Les deux Eglises prennent conscience de la racine commune de la famille syriaque et de la nécessité de se rapprocher, de s’entraider et d’aller jusqu’à l’union. Il y a la mise en place de commissions bilatérales pour conserver et diffuser notre patrimoine. L’unité ne se fera pas seulement par la volonté humaine, mais grâce au souffle unificateur de l’Esprit-Saint. Il faut pour cela aller en profondeur, être témoin du Christ : donner la Charité.

En insistant sur son statut d’Évêque de Rome, le pape François facilite la collaboration entre les Eglises Orthodoxes. C’est un pas énorme, car la Primauté de Rome est maintenant vue dans une démarche de compréhension. Ce titre honorifique est depuis Paul VI et surtout Jean-Paul II mieux vécu. Nous espérons que la position du pape François comme Évêque de Rome va aider. L’unité pourrait aussi se faire par la date de Pâques. C’est une farce que de fêter la Résurrection à des dates différentes, c’est un contre témoignage de l’unité de l’Eglise du Christ face aux Juifs et aux Musulmans.

Propos recueillis par Charles-Edouard, le 25 juillet depuis Jérusalem pour la Tribune de Terre Sainte

Né en Syrie le 12 décembre 1939 à Hassaké. Monseigneur Grégoire Pierre Melki a fait ses études primaires à l’école de la communauté syriaque à Hassaké. À l’âge de 12 ans, il part pour le Liban où il poursuit ses études secondaires au Séminaire de Charfet. Il entreprend ensuite ses études philosophiques et théologiques à l’Université de Kaslik, à Jounieh. Le 8 août 1965, il est ordonné prêtre par oncle Monseigneur Flabianos Zakaria Melki. Il est tout d’abord guide spirituel pour les séminaristes de Charfet où il enseigne, pendant quatre ans, la langue arabe et la liturgie syriaque. Il rejoint ensuite l’Institut Oriental à Rome pour entamer des études de Liturgies et de Sciences Orientales. Il retourne au Liban pour reprendre l’enseignement de la langue syriaque à Charfet et occuper le poste de professeur de théologie à l’université du Saint-Esprit. En septembre 1974, il pour Beyrouth afin d’être secrétaire de Monseigneur Zacharia Melki et s’occuper du mouvement apostolique des jeunes. En 1975 il s’installe au Canada pour fonder la Communauté Saint Ephrem de Montréal où il reste 27 ans. Il est Exarque patriarcal de Jérusalem et Terre Sainte depuis 12 ans.

Reportage du Franciscan Media Center sur le 25ème anniversaire de l’Eglise Syro-Catholique de Jérusalem :

Prière pour la réconciliation – Eglise syriaque catholique de Saint Thomas :

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